Au-delà des limites

Ça fait bientôt vingt et un ans que je suis mariée à un homme merveilleux, tendre et attentionné. J’ai un travail qui me satisfait, un fils unique de quinze ans promis à un bel avenir. J’ai une petite maison, simple mais coquette, dont je refais la décoration deux fois par an. J’ai des loisirs et parfois je sors avec mes amies.  J’ai tout pour être heureuse et pourtant, dans quelques minutes, j’ai rendez-vous avec un autre homme que j’ai contacté par le biais d’Internet, James, trente-sept ans et plutôt bien fait, que je connais à peine. Je ne sais pas exactement pourquoi je fais ça. Peut-être que la vie que je mène depuis tant d’années me paraît insipide. On dit que la routine est mortelle. Peut-être que cet écart à la monotonie de mon train-train quotidien est ma façon à moi d’affirmer ma soif de vivre.

J’ai rejoint James dans un petit restaurant sans prétention et nous nous sommes comportés comme deux adolescents amoureux. Nous avons déjeuné ensemble, parlé de tout et de rien, beaucoup ri et bu un peu de vin. Nous nous sommes ensuite rendus dans un pub où nous avons joué au billard. J’ai gagné la partie et le droit de lui donner un gage. Cela faisait une éternité que je ne m’étais pas autant amusée. Puis, il m’a proposé de nous rendre au Liberty. J’ignorais totalement de quel genre d’endroit il s’agissait mais j’étais tellement ravie de ce début de rendez-vous très réussi que je me suis laissée entraîner avec bonheur.

C’est une belle fin de journée.

Il fait un peu moins chaud maintenant.

Il y a beaucoup de circulation.

Nous traversons la route, à la faveur d’un écart entre deux voitures.

Nous parcourons quelques mètres sur le trottoir et tout de suite à gauche, nous tournons et franchissons un portail.

Je découvre alors la bâtisse. C’est une grande maison d’apparence tout à fait normale, une magnifique villa à un étage. Murs blancs. Toit brun. Autour, le long des murs de clôture, de belles plantes vertes et au sol un gazon très bien entretenu. Pas de fleurs mais il n’en a nul besoin car c’est dans sa sobriété que ce jardin puise toute sa beauté. C’est le genre de propriété où n’importe qui serait heureux de vivre.

Nous nous avançons sur l’allée qui mène au porche, sous lequel se trouve la porte d’entrée.

James me devance, pousse la porte et la maintient ouverte pendant que je franchis le seuil. Je suis heureuse de constater que la galanterie existe toujours chez certains hommes. Je le remercie et il me rejoint dans un corridor. Il me glisse à l’oreille en posant sa main sur ma hanche « Peut-être que nous devrions nous comporter en couple. » C’était plus une affirmation qu’une suggestion mais cela ne me dérangeait pas le moins du monde.

En face de la porte par laquelle nous nous sommes introduits dans la maison, un guichet ou, sans attendre ma réponse, il s’empresse de se rendre pour régler notre droit d’entrée.

L’homme à l’accueil semble le reconnaître. Ce n’est pas la première fois qu’il vient ici et ça ne m’étonne guère.

A gauche du guichet, une autre porte qu’il ouvre de la même façon, s’effaçant pour me laisser passer en premier.

Je me retrouve dans un petit vestibule, juste à côté de la cabine servant de guichet. Les lumières sont douces, une musique pop semble relayée par des haut-parleurs dans tout l’établissement. Nous ne croisons pas grand monde pour le moment. L’ambiance est feutrée et ça me plaît. J’ai horreur de la foule, des sons qui explosent les tympans et des ambiances surchargées.

James s’arrête de nouveau au comptoir. On lui tend une clé avec un numéro, deux serviettes et un paréo « pour la dame ».

Je ne connais pas les lieux alors j’attends qu’il ouvre la marche et me guide, lui faisant une confiance aveugle. Il a compris et passe devant moi, se retourne pour me prendre la main. Je glisse ma main dans la sienne et à partir de ce moment-là, nous devenons un couple, le temps d’une escapade à laquelle je n’aurais jamais imaginé faire partie un jour…

Il m’entraîne dans la première pièce qui se présente. C’est une petite salle aux murs rouges ou sont fixés des casiers de bois sombre numérotés, un banc rouge au milieu et un miroir fixé au mur près de la porte. Il pose les serviettes et le paréo sur le banc, cherche le casier vingt-cinq, le trouve, le déverrouille et tout en commençant à le faire lui-même, m’invite à me déshabiller. Entièrement.

Je suis habituellement pudique et je n’aime pas montrer ce corps qui me déplaît. Mais j’obéis immédiatement et plie à la va-vite mes vêtements, qu’il range dans le casier avec les siens. Je me hâte néanmoins d’enrouler le paréo autour de moi, sentant ma gêne naturelle revenir au galop. Il referme le casier, le verrouille et range la clé dans une petite poche à scratch qu’il fixe à sa cheville. Nous prenons nos serviettes respectives et ressortons du vestiaire. Il se propose de me faire d’abord découvrir les lieux. Ensuite, il me laissera choisir par quoi commencer. J’acquiesce. Il commence alors à avancer, je lui emboîte le pas, nos mains de nouveau enlacées.

Au rez-de-chaussée, nous passons d’abord par le coin télé composé de quelques fauteuils de cuir rouge à l’allure confortable où sont installés deux jeunes hommes en tenue d’Adam. Ils visionnent sur un grand écran le clip de la musique qu’on entend en entrant. Puis, James m’entraîne au bout du couloir où se situent les douches. A droite, la porte du sauna, que le monsieur de l’accueil a indiqué indisponible. A gauche, la porte du hammam, qu’il entrouvre pour me montrer. Un nuage de vapeur me monte immédiatement au visage. J’ai un mouvement de recul et je lui fais signe que c’est bon, j’en ai assez vu. Il referme aussitôt. En vérité, je n’aime pas la chaleur mais pour l’instant, je garde cette information pour moi. Près de chaque accès, des patères permettent d’accrocher les serviettes. Nous faisons demi-tour, repassons devant les deux hommes nus qui cessent momentanément de regarder les images qui défilent sur l’écran et nous suivent avec un regard insistant. Nous nous dirigeons vers l’autre bout du couloir. A gauche, une porte qui donne accès au jacuzzi et juste à côté, un escalier qui mène à l’étage. Il ouvre la porte juste assez grande pour que nous puissions jeter un coup d’œil. Le bassin semble spacieux. Un seul homme s’y trouve. Je suis rassurée. Si nous y allons, nous ne serons pas serrés comme des sardines et le contact avec les inconnus peut être évité. Le tour du rez-de-chaussée se termine.

Nous prenons l’escalier. A l’étage se trouvent des choses nettement plus intéressantes qui éveillent ma curiosité. Il y a d’abord deux petites pièces qui ont l’air vides. James m’explique alors que l’une des parois de chaque pièce, bizarrement arrondie et criblée de trous, sert en réalité de cache. Une personne ouvre une porte dissimulée, se met dans la cache et présente n’importe quelle partie de son corps en face des orifices. La personne qui se trouve de l’autre côté, dans la pièce, peut donc « disposer » de cette partie anatomique qui lui est offerte. Je trouve ce concept assez farfelu mais bon, il y a sûrement des adeptes.

Ensuite, il me montre des « chambres », que j’aurais plutôt baptisé alcôves. Ce sont de petits espaces accessibles par une porte mais avec des murs rouges pas très épais qui ne montent pas jusqu’au plafond. Ce qui signifie aucune isolation phonique. Cette constatation me laisse un brin perplexe mais je me concentre sur le reste de la pièce. On verra en temps voulu. Il allume la lumière fixée au mur, m’indiquant qu’on peut doser l’éclairage à loisir. Lumière tamisée ? Hum, ça me plaît ça ! Sur un support rigide, un grand matelas plastifié noir. Au pied de ce « lit » de fortune, il y a juste assez de place pour deux personnes qui se tiennent debout. Il y a sept chambres au total. Comme les sept péchés capitaux. C’est assez drôle quand j’y pense car je fais immédiatement le rapprochement avec cette incursion dans le monde de l’interdit.

Nous continuons la visite. Il me montre une salle où se trouve une sorte de balançoire faite d’un morceau de cuir ayant la forme d’un dos et d’une nuque, accrochée au plafond par de grosses chaînes. Cette chose m’intrigue grandement. Un « On l’essaiera » très suggestif parvient à mes oreilles. Je me tourne vers lui et j’ai juste le temps d’entrevoir un sourire taquin flotter sur ses lèvres avant qu’il se tourne pour m’entraîner vers de nouvelles découvertes. J’affiche en retour un sourire amusé. Il me plaît décidément beaucoup cet homme. Et je glisse timidement ma main dans la sienne.

Dans le dédale de couloirs, deux coins télé, l’un dédié à des vidéos hétérosexuelles et l’autre à des films homosexuels. Nous nous attardons un instant dans l’un des espaces. Sur l’écran, une jeune femme de toute beauté, vêtue d’une simple petite culotte, fait du charme à la caméra. Elle fait mine de l’ôter, puis s’arrête, s’assied, écarte les jambes et se touche d’un air langoureux. Au bout de quelques secondes, elle se dévoile enfin et je vois apparaître avec stupeur…un pénis ! Il le savait et s’amuse de mon air interloqué. Je finis par en rire et nous nous dirigeons alors vers d’autres zones encore inexplorées.

Cette fois, nous passons un lourd rideau en panneaux de plastique et nous nous retrouvons sur une terrasse en forme de L qui est isolée des regards importuns par de grands murs de bois clair. Quelques appareils de sport traînent là, attendant leurs futurs utilisateurs et côtoyant un distributeur de boissons et de friandises. Nous avançons encore et je découvre trois coins salon, dont deux fumeurs, assez simplistes mais cosy. Ca y est, la visite de l’étage est terminée.

Je ne sais pas par où commencer alors je lui demande ce qu’il préfère. Il me répond qu’il aime bien le sauna mais il est pour le moment inutilisable. Alors, nous optons pour le hammam. Il m’explique que je peux y entrer nue ou avec ma serviette, spécifiant cependant que celle-ci serait sûrement trempée à notre sortie.

Il n’y a personne à l’intérieur lorsqu’il ouvre la porte vitrée. J’accroche ma serviette et mon paréo et me glisse à sa suite dans la salle remplie de vapeur. C’est alors qu’au moment de refermer, j’aperçois une silhouette masculine qui, manifestement, a elle aussi l’intention de profiter des bienfaits du hammam. Je lance à mon compagnon un rapide « J’ai changé d’avis ! », ma pudeur reprenant instantanément le dessus. Je faufile mon bras par la porte entrouverte et me saisis de ma serviette pour m’enrouler aussitôt dedans. L’homme dont j’ai deviné la silhouette entre à notre suite et s’installe sur le banc opposé au nôtre. Je ne suis pas très à l’aise mais la présence de mon partenaire me rassure.

Nous discutons à voix basse et il m’informe que, comme je suis la seule femme présente pour l’instant, la majorité des hommes allaient être sur nos talons lors de tous nos déplacements. Effectivement, d’autres sont venus le temps de notre discussion.

Il a dû sentir mon malaise, peut-être à cause de ma façon un peu rigide de m’asseoir, et me propose une douche. J’accepte.

Nous sortons de la salle embrumée. Il s’approprie une douche et je choisis celle d’à côté. Je commence à me positionner sous le pommeau de la douche dont le jet est idéalement réglé et je réalise soudain que c’est l’occasion d’un moment coquin entre nous. Alors, j’abandonne mon espace pour envahir le sien. Je me glisse jusqu’au fond de la cabine de douche, le laissant se rafraîchir.

La délicieuse vision de son corps mouillé me donne tout de suite envie d’y promener mes doigts. Je cède à ce désir soudain mais je m’arrête brusquement car la fraîcheur de l’eau surprend mon corps encore chaud. Il est en partie sous la douche et je me colle à la paroi pour que l’eau ne me touche pas. Il a envie de jouer et m’asperge en souriant. Je suis prise au piège contre le mur du fond, je ne peux donc m’enfuir et je subis cet assaut en protestant sur un ton faussement fâché et en gloussant. Il est terriblement sexy comme ça et il n’a même pas l’air de s’en rendre compte.

Je le trouve même très beau avec ses cheveux bruns, son regard intelligent, brun également, son nez droit, sa bouche aux lèvres gourmandes, affreusement tentatrices, ses mâchoires bien dessinées et son menton volontaire. Il me surplombe légèrement par sa haute stature, me procurant une grisante sensation de sécurité et de soumission à la fois. Il a fière allure avec un physique particulièrement bien proportionné et des muscles qui se dessinent joliment sous sa peau. J’ai terriblement envie de sentir le contact de son corps, de caresser sa poitrine, son visage, de passer mes doigts dans ses cheveux, de me coller contre lui et de goûter avec une infinie délicatesse cette bouche magnifique étirée à l’instant même par un demi-sourire.

Je prends mon courage à deux mains et je tente de m’avancer sous le jet d’eau froide. Mais c’est plus fort que moi, j’ai un mouvement de recul quand la fraîcheur de l’eau atteint mon corps. Il essaie bien de régler la température mais c’est soit trop chaud soit trop froid. Son attention me touche. J’abandonne mon idée. Momentanément. Je compte bien profiter à un moment ou à un autre de cet appétissant spécimen masculin que la providence a placé sur ma route.

Nous avons maintenant terminé et récupérons nos serviettes.

Jacuzzi ? Oh oui ! Mon enthousiasme est un brin refroidi quand nous accédons à l’espace jacuzzi. En effet, deux inconnus s’y trouvent déjà. Tant pis, tant qu’on est là, il faut en profiter. Il accroche sa serviette et me rappelle que je suis obligée d’ôter la mienne pour entrer dans l’eau. Je m’exécute et me dépêche de camoufler ce corps ingrat dans les remous du bain, craignant l’arrivée d’autres personnes. Nous nous asseyons dans un premier temps côte à côte, commençant par profiter de la tiédeur de l’eau.

Au bout de quelques minutes, James se déplace et se positionne face à moi. Il passe ses mains derrière mes genoux et fait glisser mon bassin doucement vers lui. Je me retrouve avec les jambes par-dessus les siennes. Je suis toujours assise mais sur le bord de la banquette stratifiée du jacuzzi tandis que lui est accroupi devant moi. Je passe mes bras autour de son cou et je lui chuchote à l’oreille qu’il ne doit pas oublier son engagement. Il me rassure d’une voix douce pleine de promesses « Je n’ai pas oublié, ne t’inquiète pas ». Il approche son visage, mes yeux se ferment et le contact se fait. Ses lèvres écrasent les miennes, d’abord doucement, puis avec un peu plus d’insistance. Ma bouche s’entrouvre, sa langue ingénue se met à caresser ma langue, l’invitant à une danse sensuelle et érotique. Ce baiser langoureux affole mes sens. Mon rythme cardiaque s’accélère et je me retrouve le souffle coupé par tant de plaisir. Je me sens vaciller dans un tourbillon de sensations qui me rappelle agréablement les émois des premières fois. Nos lèvres se séparent, comme à regrets, tandis que j’ouvre lentement les yeux.

« J‘en ai trouvé un » me dit-il avec un grand sourire. Je le relâche pour me reculer et prendre appui sur le banc un peu glissant, mon compagnon toujours accroupi entre mes jambes écartées. Oh oui ! Il a bien trouvé une de mes zones érogènes. C’était notre pacte. Il devait en trouver cinq au total.

Je confirme, comme dans un rêve, encore sous l’effet de l’appétissant avant-goût qu’il venait de me donner. J’en veux encore ! Tout mon être réclame encore plus de ces délicieuses sensations qui m’ouvrent la porte d’un autre monde.

Et puis, sous l’eau, je sens un pied toucher le mien. Deux autres hommes sont arrivés et se sont installés dans le grand bain à remous pendant que nous étions pris dans notre jeu. Je sais que ce n’est pas lui alors je replie brusquement le genou pour échapper à ce contact indésirable. Cet évènement me trouble. Je réalise bien que l’endroit où nous nous trouvons est libertin. Cependant, aujourd’hui, maintenant, tout ce que je veux, c’est me consacrer entièrement à mon partenaire. Il suffit d’ailleurs que je pose les yeux sur lui pour oublier aussitôt l’élément perturbateur. Je lui souris. Sa bouche esquisse une moue. Le regard sombre, il s’avance, incline la tête, et me dépose une série de petits baisers sensuels dans le cou.

Je ferme à demi les yeux, me sentant à nouveau submergée par une vague de délice. S’il veut me rendre dingue, il est sur la bonne voie. « Plus que trois ! » Il a un ton victorieux. Sa voix me parvient comme à travers une brume. Mon cerveau a cessé de fonctionner, tout mon corps est tendu, en attente de plus de plaisir. A ce moment précis, je me fous de complètement de ce gage ridicule, j’ai d’ailleurs arrêté de compter. Toute mon attention est focalisée sur ce beau brun qui a l’air de prendre un malin plaisir à me rendre folle de désir. C’est incroyable, il agit sur moi comme une drogue. Plus j’en ai, plus j’en veux. Je ricane intérieurement : « Va falloir envisager une cure de désintoxication, mademoiselle ! » Ou pas. Rester droguée à vie de cet homme me semble être un sort tout à fait enviable.

Il affiche à présent un sourire taquin et ses yeux brillent de malice. Il s’écarte à peine de moi. Je reviens doucement à la réalité. Mon malaise commence à revenir, d’autant plus qu’un petit malin a profité de mon état second pour s’accaparer ma main gauche. Je me penche vers mon partenaire et lui chuchote à l’oreille « Le type à côté, il a pris ma main ! » Il tente de me rassurer « C’est toi qui décides. » L’autre tire sur ma main, étendant mon bras et me fait toucher son…phallus dur comme un bout de bois. « Il a mis ma main sur son sexe ! » lui dis-je tout bas, très mal à l’aise. « Ne t’en fais pas, c’est toi qui décides si tu la laisses ou pas. Il respectera ta décision. Ce sont les règles ici. » Alors, j’arrache ma main à ce type un peu trop entreprenant. Je ne veux de personne d’autre que l’homme qui me fait face. Ça, j’en suis sûre ! Lui seul exerce son charme sur moi. Lui seul me donne envie. Lui seul me  subjugue. J’essaie d’oublier ce qui vient de se passer en contemplant mes seins nus qui dansent à la surface de l’eau au rythme des bulles. Je lui lance d’un air enjoué « Tu as vu mes bouées ? »

Il se rapproche sans répondre, se penche vers mes tétons et les titille avec sa bouche, l’un après l’autre. Il en saisit un entre ses lèvres et le suce gentiment. Hmmmm…Bien malgré moi, je pense que le compte de zones érogènes découvertes vient d’augmenter. Il a dû s’en rendre compte par la tension visible de ma poitrine. Il lève la tête. Il a un air très sérieux et son regard est assombri par le désir. Lentement, il se penche vers moi et ses lèvres rejoignent les miennes en un baiser torride. Tandis que nos langues dansent un ballet lascif, nos corps se rapprochent. Sans même que je m’en rende compte, il m’attire vers lui, je repasse mes bras autour de son cou et je me retrouve assise sur ses cuisses. Sous la surface de l’eau, je sens son érection contre ma peau. Les autres hommes sont encore là mais bizarrement, nous avons totalement occulté leur présence. J’ai l’impression d’être avec lui dans une bulle où rien ne peut m’atteindre. Le reste n’existe plus. Tout ce qui compte, c’est cette connexion qui s’est installée entre lui et moi. Notre baiser se prolonge. C’est tellement bon ! Sa raideur contre mon pubis me met dans tous mes états. A cet instant précis, j’ai follement envie de lui. Comme un automatisme, mon bassin se met à onduler. Mon corps répond au sien, lui faisant comprendre en se frottant contre son sexe tendu qu’il était prêt à le recevoir. Il se met à bouger lui aussi. Il n’est pas en moi mais l’effet qu’il me fait est tellement intense que j’ai les yeux mi-clos, les lèvres entrouvertes et je gémis doucement. L’envie est là et monte en intensité.

J’ai la respiration si rapide que je dois couper court à notre baiser pour pouvoir respirer. Nos bouches se séparent et nous posons nos fronts l’un contre l’autre, son nez caressant le mien. Puis, il pose ses lèvres sur mon épaule tandis que, dans un éclair de lucidité, je lui chuchote d’une voix amusée « J’ai l’impression de tourner un film porno ». Et j’aime ça ! Je sens peser sur nous le regard de plusieurs paires d’yeux et ma pudeur ayant décidé de me laisser tranquille, je me surprends à apprécier de me donner en spectacle. J’ajoute « Je ne me savais pas aussi bonne comédienne ». Je réalise trop tard que je ne joue pas la comédie. Il ne m’a peut-être pas encore pénétrée mais rien qu’en me touchant, il provoque en moi un tel ouragan de sensations délicieuses que c’est tout comme. Bon, tant pis, c’est dit.

Nous restons quelques minutes de plus à nous attiser mutuellement. Le désir devient de plus en plus palpable, de plus en plus tangible entre nous. Soudain, n’y tenant plus, il s’enfonce entre mes cuisses. C’est tellement surprenant et surtout si… Oh ! que j’arrête de justesse le réflexe de mes mains qui s’apprêtaient à lui griffer le dos. C’est que je n’ai pas envie de lui faire mal ou de lui laisser des marques. Pas dans les circonstances actuelles.

Il est entré en moi avec une facilité déconcertante. Je me rends alors compte que ça faisait un bon moment que j’avais commencé à mouiller. Et que, du coup, j’étais lubrifiée à souhait. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me prenne de cette façon, ici, dans ce jacuzzi où nous ne sommes pas seuls. Sa témérité me trouble et je deviens audacieuse à mon tour. J’ondule de nouveau contre lui, faisant entrer et sortir l’objet de mon plaisir. L’eau gêne un peu nos mouvements en les freinant mais peu importe, les sensations sont bel et bien là et cette danse sensuelle de nos corps en harmonie est grisante.

Après tout, nous faisions semblant depuis un moment, donc ça ne doit pas faire une grosse différence pour les regards indiscrets posés sur nous. Je me sens éperdue dans ses bras, déconnectée de la réalité, soumise à des lois primitives et surtout, le temps de cette escapade, entièrement sienne.

Je ne sais plus lequel de nous deux l’a proposé mais nous avions la même idée, sortir du bain à remous témoins de nos préliminaires brûlants et nous rendre dans une des chambres pour laisser libre cours à la passion qui nous anime. Je me lève en premier et commence à monter le petit escalier qui permet de sortir du bassin. Il passe tout de suite derrière moi pour faire écran entre ma nudité et les yeux inquisiteurs des étrangers qui nous avaient maté du début à la fin.

Je trébuche maladroitement à la deuxième marche et je pouffe en tentant d’imaginer de quelle façon je me serais vautrée ou de quelle façon mon garde du corps aurait pu me rattraper, sachant que je n’ai aucun vêtement sur moi avec lequel il aurait pu m’agripper. Je m’extirpe enfin du jacuzzi, regardant droit devant, n’osant pas croiser les regards, terriblement gênée de devoir m’afficher devant autant de monde avant de parvenir enfin à ma serviette salvatrice.

Nous montons à l’étage. Il me presse car il craint que nous soyons suivis par les voyeurs. Il m’entraîne presque en courant vers la chambre qui se trouve tout au bout du couloir. Il avait raison. Au moment où il referme précipitamment la porte, nous apercevons un homme déboucher en haut de l’escalier. Nous rions gaiement, contents de l’avoir semé. Brusquement, il redevient sérieux et défait ma serviette en m’embrassant tendrement. Il la prend de chaque côté et la jette sur le matelas derrière moi. Il se débarrasse à son tour de la sienne, exposant à mon regard son membre au garde-à-vous. Je lui lance un regard provocateur et m’assied sur le bord de la couche. Je saisis alors sa virilité entre mes doigts, me penche et la prend doucement en bouche. Je l’entends gémir et le sens frissonner. Cette réaction me pousse à affermir la prise de mes lèvres sur son sexe tendu et j’entame un lent mouvement de va-et-vient. Il aime ça, je le sens. Et l’effet de son plaisir sur moi est dévastateur.

La tiédeur humide entre mes cuisses se fait plus présente. Je relâche ma prise pour le taquiner avec ma langue. Il pose une main derrière ma tête. Le message est clair. J’engloutis encore une fois son pénis et le pompe, cette fois un peu plus vigoureusement. A chaque aller, je tente de l’introduire un peu plus profondément dans ma bouche. Je salive et cette sécrétion sert de lubrifiant, facilitant le glissement de mes lèvres sur lui. Son bassin se met à onduler imperceptiblement. Quelle immense satisfaction de décrypter les signaux de plaisir envoyé par son corps. Et c’est moi qui en suis responsable ! Hmmmm…Je délivre mon prisonnier en le gratifiant d’un dernier petit coup de langue sur le bout. Je me redresse, il s’avance vers moi. Je m’allonge et remonte autant que possible en glissant sur le dos.

Je n’ai pas beaucoup d’espace car je suis allongée sur la largeur du matelas. Ma tête touche le mur, j’ai une jambe dans le vide et l’autre pliée, mon pied reposant sur le bord de cette couche sommaire. Il m’écarte les genoux et se penche vers mon bas-ventre avec une intention évidente. Je n’étais pas vraiment préparée à ça et je me redresse à demi en m’appuyant sur mes coudes. Je couine « Je ne suis qu’à moitié rasée ! » Il lève vers moi des yeux brillants d’une lueur d’amusement « Alors je ne vais te lécher qu’à moitié ! » Je commence à pouffer mais mon rire se transforme bien vite en gémissement car ses lèvres et sa langue ont déjà entamé leur besogne. Leur contact est frais, cependant, je ressens entre mes cuisses la morsure brûlante du plaisir. Ce qu’il me fait est si bon que je suis partagée entre l’envie de refermer mes jambes pour arrêter cette douce torture et celle de les ouvrir plus encore pour l’inviter à aller plus loin. Je tremble et me tortille tandis qu’il explore savamment mon intimité. Mais comment fait-il pour faire naître dans mon corps de tels troubles ? Il relève la tête avec un petit sourire en coin. « Ça te plaît ? »

Comment pourrais-je prétendre le contraire ? D’autant plus que je ne bénéficie jamais de ce genre de faveur de la part de mon mari. C’est en partie ce qui m’a poussé à me retrouver ici, avec ce séduisant jeune homme. Il se met debout et monte sur le lit, s’avançant au-dessus de moi, agaçant mes tétons au passage. Il abaisse son bassin et son érection entre en contact avec mon pubis, déclenchant instantanément une gigantesque vague de désir qui m’envahit tout le corps. Celui-ci se cambre sous la puissance d’un tel assaut et je ne peux m’empêcher de gémir. « Quoi ? » Il prend un air innocent. J’arrive à lui souffler d’une voix voilée « J’ai envie de toi ! » « Ah oui ? » me répond-il, apparemment décidé à prolonger le supplice qu’il m’inflige. « Ou ? » Je désigne le triangle entre mes cuisses « Là ! Je te veux là ! » Ma voix n’est plus qu’un chuchotement. Mets-la moi, je t’en supplie ! hurle ma conscience. Il ondule lentement des hanches, écartant les lèvres de mon sexe avec le sien. Il sait attiser le désir et joue à défier mon impatience. Je passe mes jambes par-dessus les siennes et mon bas-ventre se met à remuer au rythme du sien, envoûté, comme le serpent qui se balance en harmonie avec l’instrument du charmeur. Nos bouches se rejoignent encore une fois et nos corps s’unissent dans un mélange d’excitation, de ferveur et de décadence. Je le désire si fort que je réponds sauvagement à son baiser. J’ai faim de lui et je prends goulûment ce qu’il me donne, me vengeant parce qu’il tarde à me donner ce que je veux. Enfin, il descend une main jusqu’à son entrejambe et guide l’objet du plaisir dans mes profondeurs mouillées. J’ai la sensation que toute ma tension nerveuse était concentrée à cet endroit et le sentir s’enfoncer en moi après autant d’attente libère un feu d’artifice de sensations, un délicieux raz-de-marée de plaisir sous lequel je succombe « Aaaaahhh ! »

Il se retire lentement et me pénètre de nouveau d’un coup de reins vigoureux qui m’arrache un cri. « Quoi ? » Il me repose la question tranquillement comme si nous buvions un verre à la terrasse d’un café alors qu’en réalité, il continue à me faire gémir encore et encore sous ses coups de boutoir. Je parviens à peine à articuler « C’est…aaaaahh !…si…b…bon ! » Je suis complètement désorientée, envahie par une foule de sensations toutes plus intenses les unes que les autres. Je n’imaginais même pas que ces choses-là pouvaient exister. Et je me laisse aller dans ce gouffre sans fin, sentant mon corps tout entier, ce corps que je déteste, s’éveiller, vibrer à son contact, réclamer encore plus de plaisir. Cet homme est un magicien. Non, un dieu ! Faire l’amour avec lui, baiser, peu importe, c’est atteindre des contrées inexplorées et y demeurer en extase. Une personne qui toque doucement à notre porte me fait brusquement dégringoler de mon Nirvana. C’est le type que nous avons semé tout à l’heure. Il demande à entrer. J’hallucine ! Oups, ma raison me rappelle que nous sommes dans un club libertin. Où ce genre de proposition est tout à fait normal. Aucun de nous deux ne lui répond. Il insiste.

Nous l’ignorons royalement et mon partenaire profite de cette interruption pour monter un peu plus haut sur le matelas et s’allonger. Je bouge pour lui faciliter le passage et aussitôt qu’il est installé, je m’installe à califourchon sur lui. Je le caresse et parsème son corps de baisers. Je trace un chemin humide à travers son torse imberbe, remontant de la façon la plus sensuelle possible vers sa bouche qui m’attire irrésistiblement. Je glisse mes doigts dans ses cheveux et m’approprie ses lèvres si tentantes.

Je me tortille, tentant de le faire entrer en moi. Je n’y arrive pas alors il fait descendre une de ses mains entre nos deux corps et se saisit de son phallus pour l’introduire dans ma cavité inondée de mouille. Je bouge un peu, montant et descendant mon bassin, appréciant avec délice la sensation qu’il me procure. Je gémis doucement dans son cou. Je veux jouir. Alors je me redresse et me retrouve assise sur lui. J’entoure mon clitoris de deux doigts et commence à me branler tandis que je le chevauche sensuellement, bougeant d’avant en arrière, tout en effectuant une légère rotation des hanches. Je veux me faire plaisir mais je veux aussi qu’il apprécie. Je le regarde à travers mes paupières baissées, cet homme surprenant qui est en train de me faire vivre une expérience incroyable.

Je sens le plaisir qui monte de plus en plus en intensité, par vagues. Je halète tandis qu’il arrive, cet orgasme que j’attendais tant. Tout mon corps se tend tandis que je jouis. Je retiens à grand-peine un cri à travers mes mâchoires serrées. Je tombe en avant, mes doigts griffant furieusement le matelas tandis qu’une dernière convulsion secoue mon corps en extase. Je tente de reprendre le contrôle de ma respiration. Je sens un liquide chaud se répandre sur son bas-ventre. Il s’appuie sur un coude, surpris. Je le rassure, les yeux encore mi-clos. J’ai juste eu un de ces orgasmes qui me transforme en femme fontaine. Soudain, j’ouvre les yeux en grand et m’inquiète. J’ai peur de lui avoir fait mal. « Non non, ça va. C’était bon ? » « Oh oui ! Terriblement bon… » Il me prend les hanches et me fait bouger sur lui. A cet instant précis, on toque de nouveau à la porte. C’est toujours le type de tout à l’heure qui redemande à entrer. Il insiste, spécifiant qu’il peut simplement regarder, sans toucher.

Sa voix est presque plaintive. Je l’imagine en train de nous écouter depuis tout ce temps derrière la porte en se masturbant. Je regarde mon partenaire, interrogative. « Tu l’entends ? Il dit qu’il est tout seul, le pauvre ! » James me répond que je peux le laisser entrer, mais uniquement si je le veux. Je fais alors une chose que je n’aurais jamais imaginé faire. Je me penche sur le côté et je déverrouille la porte, laissant entrer l’inconnu lui aussi entièrement dévêtu et en pleine érection. Je tourne la clé dans la serrure lorsqu’il referme la porte derrière lui. Il reste sagement à côté de la couche tandis que mon compagnon reprend là où nous nous étions arrêtés. A priori, le fait de le chevaucher ne lui procure pas assez de sensations alors il me positionne de façon à ce que je me retrouve accroupie au-dessus de lui, son pénis toujours en moi. Je me penche légèrement en arrière. Je descends, le faisant entrer le plus profondément possible. Je remonte, le faisant ressortir presque entièrement. Et je recommence, encore et encore. Notre invité tente une approche et se penche sur ma poitrine.

Un grondement monte de ma gorge. Entre deux soupirs de satisfaction, je lâche rageusement « On a dit regarder, pas toucher ! » Il s’éloigne aussitôt, respectant à la lettre ma demande. Je suis étonnée de le voir si docile. Au bout de quelques minutes, les muscles de mes cuisses tirent affreusement. Je maudis mon manque d’exercice. Je suis obligée de m’interrompre, m’excusant de ne pas être une sportive. Pour me faire pardonner, je l’invite à se redresser et je me retourne, lui présentant mes fesses « On change de position ? » Il ne se fait pas prier, les caresse puis les écarte gentiment. Il s’incline et commence à me lécher le pubis, détrempé par mon liquide vaginal. Puis, à ma plus grande surprise, je sens sa langue venir me titiller l’anus et tenter de s’y introduire. C’est une sensation inédite, bizarre mais franchement excitante. Je veux le sentir en moi, à cet endroit. J’en crève d’envie. Je n’ai pas cessé de gémir. Il me donne tant !

Tout ce que je ressens est si doux et si fort à la fois. J’ignore comment il arrive à faire ça mais il me fait ressentir des choses complètement contradictoires. Et ça ne fait que m’émoustiller plus encore !D’autant plus que je sens peser sur mon cul offert le regard du voyeur qui se touche depuis son entrée et je jubile de le torturer ainsi, lui permettant de voir sans pouvoir toucher, me donnant sans réserves à James. D’ailleurs, ce dernier déclenche à mon entrejambe  une véritable fontaine qui coule le long de mes cuisses. En effet, il me triture l’anus en alternant sa langue et ses doigts et ça me procure des sensations inédites.

J’émets de petits sons plaintifs, le suppliant à travers ce langage de m’en donner encore plus. Il prend enfin pitié de moi et se redresse. Je me retourne, je le vois qui se prépare à s’introduire en moi. J’ai une petite appréhension car je n’ai connu ce type de pénétration que peu de fois au cours de ma vie sexuelle. Mais j’en ai tellement envie qu’instinctivement, je me cambre, prête à le recevoir. Il appuie son gland contre mon cul et exerce de légères pressions pour progresser en moi. Il y va délicatement, tout en douceur, bien que son désir soit aussi grand que le mien et je lui en suis reconnaissante. Ce James est une perle. Je me sens totalement en confiance avec lui. Et il me prouve encore une fois à l’instant que j’ai raison depuis le début.

Il s’enfonce enfin, parvenu à franchir l’entrée de l’orifice récalcitrant. Je me mords la lèvre inférieure, étouffant un cri. Ce que je ressens est un mélange de plaisir et de douleur, une sensation purement jouissive. Il entame un va-et-vient, d’abord lent puis de plus en plus rapide. J’arrive à percevoir la moindre partie de son sexe en moi et je halète fiévreusement, laissant échapper un gémissement à chaque fois qu’il vient buter contre mon fessier. Dans la semi obscurité de l’alcôve, je perçois mon reflet dans un petit miroir que je n’avais pas remarqué avant, situé juste en face de mon visage. La partie haute de mon visage est dans l’ombre. Je n’arrive à en voir que le bas, l’arrondi de mes narines, ma bouche dont je remarque pour la première fois la générosité et la courbe de mes mâchoires. J’ai les lèvres entrouvertes. Cette image est mystérieuse et érotique.

Je me surprends à me mordre la lèvre inférieure tandis qu’à la recherche de jouissance, je me cale sur son rythme pour aller à la rencontre de son bas-ventre à chaque fois qu’il revient en moi. La sensation est délicieusement intense et démultipliée par nos mouvements synchronisés. Il rebondit maintenant à un rythme effréné contre moi. Je sens qu’il adore ça. Et moi j’adore être l’auteur de son plaisir. Je devine aux petits sons de gorge qu’il émet qu’il ne va pas tarder à atteindre l’orgasme à son tour. Ça m’excite de savoir ça et je n’arrive plus à filtrer mes cris. Il jouit bruyamment et son râle se mêle à mon dernier cri. Nous restons quelques secondes dans cette position, reprenant chacun notre souffle, comme suspendus dans le temps. Puis, il se retire et invite le voyeur à se retirer, ce qu’il fait aussitôt. Nous profitons alors de notre intimité retrouvée pour nous allonger l’un contre l’autre, sa tête posée sur ma poitrine, moi lui caressant les cheveux, sans parler, juste appréciant la présence de l’autre. Ce moment de tendresse, j’aurais voulu qu’il ne s’arrête jamais. A un moment, il m’avoue qu’il n’aurait jamais cru que j’aurais eu les « couilles » d’ouvrir la porte au voyeur inconnu. Je lui réponds en riant que moi non plus, je ne pensais pas que j’en étais capable. Et que « vous les jeunes, vous me faites faire de ces choses ! »

Il rit. J’adore le faire rire. Houlà, c’est pas bon ça, ma Gaby ! me dis-je à moi-même. Ce qui se passe aujourd’hui est sensé être purement sexuel et voilà que je suis en train de m’extasier sur sa personnalité. Le moment de plaisir éphémère est en train de dévier dangereusement. Je me ressaisis et chasse aussitôt cette pensée de mon esprit. Je me détends de nouveau et apprécie les quelques minutes qui nous restent avant de nous séparer et de retourner à nos vies respectives.

Baisers et câlins se prolongent. Je n’imaginais pas avoir autant besoin de tendresse avec la vie que je mène. A moins que ce ne soit particulièrement James qui éveille cette sensation en moi.

Malheureusement, l’heure tardive nous rappelle à la réalité.

A regrets, main dans la main, nous quittons notre bulle pour redescendre au rez-de-chaussée. Nous prenons de nouveau une douche mais l’ambiance est moins gaie que la première fois. Pendant que nous nous séchons, je me dis que j’aimerais prolonger notre escapade mais je ne sais pas comment. Juste au moment où cette pensée s’apprête à quitter mon esprit, James me propose de prendre un café avant de partir. Je saute sur l’occasion et accepte joyeusement, parce que cette question répond parfaitement à mon souhait. Nous nous rendons alors à l’accueil où un jeune homme un peu efféminé nous sert notre café et nous fait la conversation. Nous passons un agréable moment mais nous devons nous résoudre à quitter cette excursion hors du temps. Alors nous retournons au vestiaire, nous nous rhabillons et quittons l’établissement.

Une fois dehors, il me raccompagne à ma voiture en silence. Il fait presque nuit, les lumières commencent tout juste à s’allumer et dans la pénombre, je n’arrive pas à déceler son expression. Je déverrouille ma voiture, ouvre la portière et dépose mon sac. Je me retourne vers James avec une boule au ventre, le regard baissé. Je n’ai pas le temps de lever les yeux vers lui. Il me prend le menton, m’obligeant à plonger mon regard dans le sien.

Il a l’air triste, perdu, mais je n’ai pas l’occasion de réfléchir plus longtemps car il me plaque contre ma voiture et m’écrase les lèvres contre les siennes, m’embrassant fougueusement. Je devine dans ce baiser un mélange de  rage et de douleur. Je me sens submergée par les mêmes émotions et je me laisse aller, une dernière fois, en pleine rue, devant des inconnus dont je me fous complètement, à la douceur de m’abandonner à James. Nos bouches se séparent, nous appuyons nos fronts l’un contre l’autre. Nous ne disons toujours rien, ni l’un ni l’autre. Il fait un pas en arrière, tourne les talons et s’éloigne rapidement.

Je le regarde partir. Je sens que les larmes me montent aux yeux, que mon cœur est en train de se déchirer et je réalise à cet instant précis que moi, Gabrielle, quarante-cinq ans, mariée et sans histoires, je viens de tomber, en l’espace d’une journée, follement amoureuse d’un homme épris de liberté et de 8 ans plus jeune que moi qui se prénomme James.

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