
Madame Bourgeois… je suis au regret de vous informer que votre situation financière ne permet pas à notre banque de vous octroyer le prêt demandé.

Ah… si j’entends bien… l’adage : « on ne prête qu’aux riches » est de mise chez vous !

C’est une décision collégiale et vous comprendrez que je ne suis que l’intermédiaire qui vous signifie la décision finale.

Bien sûr. Ce n’est pas à vous que j’en veux, mais au système… si j’ai fait cette demande, c’est bien que depuis les confinements, les affaires ne sont plus vraiment florissantes.

Hélas ! Vous êtes très nombreux dans ce cas, madame Bourgeois.
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Bon ! C’est scié, je ne vois pas le bout du tunnel.
Mon dernier espoir de me sauver d’une faillite annoncée est là devant moi, qui sue et s’éponge le front.
Pas facile surement pour ce sous-fifre de m’annoncer clairement que je suis au fond du trou et que ma banque ne va pas me lancer une échelle de corde pour en sortir.
J’avoue que je suis un peu abattue par la situation.
Le type face à moi, costume trois-pièces élégant, chemise blanche impeccable et cravate ne sait pas trop quoi faire de ses grandes mains.
De mon côté, ce sont mes jambes qui jouent des castagnettes. Je n’ai plus de solution, et ne suis pas très loin de lâcher prise.
L’autre là… il a quoi ? Vingt-cinq ou vingt-six ans ? Plutôt mignon, et ses yeux me détaillent, telle une bête de foire.
Il fait chaud dans ce bureau exigu malgré la clim.
Je ne sais plus quoi dire ni seulement quoi faire. C’est le bout du chemin ! À trente-six piges, je me sens… démoralisée, complètement retournée aussi !

Je suis désolé, mais les banques sont frileuses depuis quelque temps… et vos possibilités de remboursements…

Oui… ça va, je crois que j’ai compris, pas la peine de me faire un dessin en plus !

Ne vous fâchez pas, madame Bourgeois. Je peux vous poser une question ?

Une question ? À quoi servirait-elle, puisque c’est non ?

Oh… de votre réponse, une solution pourrait peut-être émerger.

Une solution ? Alors dites toujours ! Que voulez-vous savoir ?

Êtes-vous sportive, madame Bourgeois ? Capable de relever certains défis ?

Sportive ? Je fais quelques footings et marche énormément, mais en quoi est-ce que ça pourrait m’aider ?

Je… enfin, je ne tiens pas à en parler ici, dans ce bureau. J’ai peut-être un plan « B », une solution de secours pour vous sortir de votre situation… bon, ce n’est pas sans risques non plus, d’accord ?

Alors ? Je vous écoute, ne me donnez pas de faux espoirs.

Je veux bien vous dire de quoi il retourne, mais hors des murs de mon bureau…

… ? C’est-à-dire ?

Vous pouvez me retrouver dans un endroit plus discret ? Un bar par exemple ?

Quand ?

Ben… je quitte mon poste pour le déjeuner à midi… donc… et puis pour en discuter, quoi de mieux que de le partager, ce repas. Vous seriez mon invitée… ça pourrait vous convenir ?

Au point où j’en suis… mais vous êtes sérieux là ? Ce n’est pas un truc de bonhomme pour me coller un rencart ? Parce que si c’est le cas, je n’ai pas le cœur à la gaudriole…

Pas du tout… mais bon, je viens de vous le dire, ce n’est pas… sans risques.

D’accord, j’ai saisi… où et quand alors, pour ce déjeuner ?

Je déjeune dans la rue de la gare… « chez Gustave », ça vous parle ?

Je sais où ça se trouve, oui !

Disons à midi dix… le temps que je fasse le chemin !

Ce midi ?

Autant battre le fer pendant qu’il est chaud, qu’en dites-vous, madame Bourgeois !

Vous avez surement raison…
Il a les yeux qui pétillent.
Mince ! J’espère que ce n’est pas un plan cul qu’il veut me proposer, parce que pour ça, il est mal tombé.
Je le dévisage et il me fait une aimable risette. Le sourire du banquier, quoi.

Entendu, monsieur… je vous retrouve « chez Gustave » aux alentours de douze heures quinze.

Parfait… je vais en profiter pour donner deux ou trois coups de fil à des amis susceptibles de vous arranger le coup !

Je vous laisse travailler… à tout à l’heure donc, monsieur…

Lionel… vous pouvez m’appeler Lionel.

Merci de m’avoir reçu, Lionel donc !
Un dernier coup d’œil au jeune loup qui me scrute, en épongeant son front dégagé.
Trop chaudement sapé pour un été torride. Il fait déjà vingt-quatre degrés et il n’est que dix heures du matin.
Me voici sans le sou, mais avec un rendez-vous sous le manteau avec mon conseiller bancaire. Bizarre comme situation.
La ruine n’est pas loin, mais de là à coucher avec ce type, non ! Je ne suis pas une pute et pas question que ça arrive.
Je rentre donc chez moi, la mort dans l’âme, gardant cependant le faible espoir que ce gars me sorte de ma misère financière et morale.
Il me reste donc deux heures à tuer… Et je souffle un peu en arpentant les rues qui mènent à mon domicile.
Quelle chaleur, ce qui n’arrange rien !
Le clocher de l’église toute proche résonne des douze coups de midi.
Je me mets en route pour cet étrange rendez-vous.
La rue est inondée par un soleil de plomb. Et les rares personnes qui se trimballent sur les trottoirs sont toutes vêtues légèrement.
De mon côté, la petite robe bain de soleil que je portais dans le bureau de mon conseiller financier est remplacée par une jupe et un chemisier d’une finesse extrême.
Mes talons claquent sur le bitume et je ne presse pas le pas, de peur de transpirer. Je suis à dix minutes à pied du restaurant où je dois déjeuner avec ce Lionel.
J’ai le cœur qui bat la breloque, et un sentiment d’espoir me garde un zeste de courage.
Je tourne dans l’avenue de la poste et bifurque rue de la gare. Là, à cinquante mètres, l’enseigne du lieu de mon rencart et une silhouette qui lève le bras.
C’est ce type qui me fait des signes.
Bon ! Je peux voir qu’il est plutôt grand, bien bâti aussi.
Finalement, nous nous rejoignons devant le restaurant, et y pénétrons ensemble.
Nous sommes immédiatement accueillis par une jeune serveuse qui me détaille sans vergogne.
Pense-t-elle que je marche sur ses platebandes ?
Ou est-elle tout bêtement intriguée de voir un vieil habitué du lieu déjeuner avec une femme inconnue ?
Pas moyen de le savoir et je ne vais surement pas lui poser la question.
Sur la table, une affichette « réservée Monsieur Gervais ».
Il a donc sa table attitrée.
La jeunette s’active et colle une seconde assiette devant moi, donc ce type mange seul d’ordinaire ici.
Elle prend commande des apéros et regagne dare-dare la cuisine.
La salle est quasiment complète. Lionel attend sagement que nos boissons soient livrées et je reste dans l’attente de ce qu’il a à me proposer.
Nous trinquons et la nana nous apporte l’entrée.
Lui me parle de tout de rien et je suis impatiente pourtant de savoir. Alors je tente d’accélérer le mouvement.

Je suppose que vous ne m’avez pas fait venir ici uniquement pour le plaisir de manger en ma compagnie ?

C’est vrai ! Alors, comme je vous l’ai dit, j’ai peut-être une solution à vous proposer. Mais c’est assez spécial et…

Ne me faites pas languir. Dites-moi à quelle sauce je vais être mangée ?

Alors mes amis…
Notre discussion dure tout le temps du repas.
Il m’explique en long en large et en travers ce que ses « amis » désirent en échange du renflouement de mon compte en banque et… Si au début je tique un peu, abasourdie par l’énormité de la chose, en y réfléchissant mieux, il m’apparait que la solution qu’il préconise peut s’avérer payante.
J’hésite bien sûr, pose des tas de questions et Lionel apporte toutes les réponses. Nous en arrivons donc au moment de prendre le café.

Bien évidemment, si vous acceptez les conditions de mes amis, dès le contrat signé, un virement bancaire sera effectué sur votre compte, j’en suis le garant.

Et quand aurait lieu… ce jeu ?

Ce n’est pas moi qui décide… mais je suppose que vous seriez contacté quelques jours avant. Pour que vous ayez le temps de vous préparer.

Vous me garantissez que ce n’est pas dangereux ?

Oui… il ne s’agit que de peinture… et encore est-elle lavable.

Bon… et le fameux contrat dont vous me parlez, je pourrais le lire avant de me décider ?

Pas de souci… j’en ai apporté un exemplaire et vous le remets pour que vous le consultiez. Mais il ne retrace que les grandes lignes de ce que je viens de vous raconter.

D’accord… vous dites donc que dès ma signature… je serais sauvée ?

Je m’y engage bien sûr, et si mes amis sont et resteront anonymes, vous savez où me trouver moi ! Donc, il ne s’agit pas d’une arnaque, même si le projet semble fou.
Tout insistant sur cela, il sort de la poche intérieure de sa veste une liasse de feuillets dactylographiés.
Je lis en diagonale les papiers et ça retrace grosso modo ce qu’il vient de me narrer.
Je poursuis la lecture des documents et lorsque je sors la tête de ceux-ci, devant ma place, Lionel a déposé son stylo.
Un peu pressé, je trouve, mais je suis un peu prise par le temps. Si je signe ce truc, je m’engage fermement, c’est certain.
Face à moi, il me sourit comme pour me rassurer.

C’est juste une lubie de types riches, vous savez… madame Bourgeois ! Ça ne prendra qu’une soirée de votre temps.

Oui ? Mais… c’est juste que… l’inconnu me fait peur.

J’imagine bien, mais je n’ai pas grand-chose d’autre à vous proposer.

Vous dites que si je signe… ce sera rapide ?

Pour l’argent oui… si vous émargez tout de suite dans la soirée, tout peut être réglé…

Tout ?

Je parle de votre situation financière, seulement… Pour le reste, je ne décide pas vraiment.

Bon… alors…
Entre mes doigts, le « Mont-Blanc » dont je dévisse le capuchon laisse apparaitre une plume dorée.
Dernier coup d’œil au type face à moi et le crissement sur l’endroit où je dois parapher le document me fait frissonner.
C’est fait, je viens de m’engager pour une soirée… Dont je ne maitrise rien. Et surtout, durant laquelle je ne sais pas vraiment ce qui va m’arriver.
Je me sens soulagée d’un côté et oppressée par ailleurs.
Lionel récupère son stylo-plume et ses papelards, qui cette fois m’engagent vraiment.
Il ne me reste plus qu’à attendre le bon vouloir des amis de ce gars. Pas plus rassurée que cela, mais au moins ai-je sauvé ma situation financière et par là mon activité professionnelle.
Mais à quel prix ? Parce que je n’arrive pas vraiment à me projeter dans ce que veulent les gens qui ont pondu le contrat. Il est de toute manière trop tard pour faire machine arrière.
Le reste de la journée me rend nerveuse.
Est-ce que j’ai fait une grosse erreur ?
Je ne sais plus que penser.
Vers dix-huit heures, comme pour me rassurer, je consulte mon compte depuis mon PC et là… un énorme soulagement.
Du rouge vif, il est redevenu d’un vert sympathique.
De paroles les gars et leur pote le banquier.
Voilà qui me remet du baume au cœur et je me sens mieux. Un point en moins sur l’estomac, malgré le fait qu’il me reste une dette à honorer pour que tout soit en règle.
Je songe que ces gens-là sauront bien me contacter, pour la suite. Et je ne veux plus y penser.
Les dés sont jetés, et ma parole tout autant que la signature sur les documents, je dois les honorer.
Les jours qui suivent, rien ne vient troubler la quiétude de mon travail que je reprends avec un élan tout neuf. Un mois s’écoule sans nouvelles de quiconque. Peut-être m’ont-ils oublié !
Puis l’été tire à sa fin sans que je n’aie eu d’instructions pour payer en retour, les personnes qui m’ont sauvée.
Septembre est aussi chaud que les deux mois précédents et Lionel mon banquier m’envoie un message dans lequel il souhaite que je le rappelle.
Les choses bougent donc ? Je m’empresse de lui téléphoner.

Allo ! Lionel ? C’est madame Bourgeois. Vous avez quelque chose à me dire ?

Ah bonjour ! Oui… mes amis seraient prêts pour samedi soir… seriez-vous disponible ?

Je suppose que je dois payer ma dette ! Alors… oui, je suis libre samedi soir.

Parfait… les instructions sont les suivantes… vous connaissez le petit bois, celui qui entoure le vieux fort…
S’ensuit une longue conversation où il m’indique le lieu d’un rendez-vous où je dois me rendre pour régler l’addition.
Ils ont été cash, je dois l’être également.
Il est évident que je ne vais pas reculer et je note scrupuleusement les informations que mon banquier me transmet.
Nous sommes mercredi et le rencard est prévu pour ce samedi vingt-deux heures trente.
L’endroit est un peu bizarre, désert et éloigné de tout, mais… J’ai signé. Pas d’autres indications sur une éventuelle tenue et teneur de la soirée qui m’attend.
Je suis inquiète, mais je survivrai. Et je ressasse toutes les nuits les consignes laissées par Lionel.
Ça me ronge un peu et c’est une vraie angoisse qui m’étreint en ce samedi après-midi alors que je me prépare à sortir.
L’endroit prévu est à une bonne heure de route de mon domicile et… Je suis quelque part, nouée par mes craintes.
Trop tard pour reculer. Les types ont été réglos, c’est donc à mon tour de jouer le jeu.
Ce qui m’amène tout naturellement à me plonger sous le volant et prendre la route qui m’entraine vers le vieux fort qui surplombe la vallée.
J’y suis environ cinq minutes avant l’heure prévue.
Mon véhicule garé comme demandé sur le parking, qui à cette heure est vide, je vois rapidement monter vers moi deux autres voitures.
La nuit est tombée et les phares s’attardent sur ma silhouette. Je ne devine que des formes qui quittent les habitacles, alors que les lampes des autos ne sont pas éteintes.
Je suis exactement là où Lionel m’a demandé de me placer.
Une voix s’élève dans le silence de l’endroit, qui m’interpelle.
— Madame Bourgeois ?

Oui… c’est moi !
— Merci de votre ponctualité… vous êtes donc prête à… jouer le jeu ?

Euh… j’ai émargé votre contrat, et si je suis ici…
— Parfait donc. Vous allez avoir une demi-heure d’avance et tous les coups sont permis dès que la partie est lancée… d’accord ?

Je… je ne sais pas trop où vous voulez en venir… Lionel m’a dit qu’il n’y avait aucun danger.
— Il a raison… mais vous devez vous conformer à nos règles…

Je vous écoute donc, dites-moi ce que je dois faire.
— Tout d’abord… vous dévêtir… enfin vous pouvez garder vos sous-vêtements si ceux-ci ne sont pas trop fragiles…

Quoi ? Vous voulez que je me mette nue ? Mais…
— C’était écrit dans le contrat…

Ah ?
Mince alors… que faire ? Je suis un peu tremblante et d’une main mal assurée je déboutonne mon chemisier.
Puis alors que je suis désormais en soutien-gorge, la fermeture de ma jupe s’entrouvre et le tissu fin coule sur mes chevilles.
De quoi dois-je avoir l’air, à demi à poil devant ces types dont je ne devine que les contours.
Je prends grand soin de plier mes habits avant qu’un des gaillard ne s’approche de moi.
Il me tend la main sans un mot.
Visiblement, il est en tenue de combat, treillis et rangers… un soldat quoi !
— Vous pouvez aussi quitter vos chaussures, madame. Pour courir dans la forêt, vous serez mieux sans hauts talons.

Hein…
— Oui… nous avons jusqu’au petit jour, pour vous retrouver. Nos billes de peintures ne vont pas vous faire mal, juste une sensation de piqure, mais vous aurez les marques tant que vous n’aurez pas pris une douche. Et comme chacun d’entre nous a des billes de couleur différentes… Le nombre d’impacts sur votre peau déterminera qui est le vainqueur… Vous pigez ?

À peu près, oui ! Et qu’est-ce qu’il gagne le vainqueur ? Parce que je n’ai rien lu sur le contrat en ce sens…
— À votre avis ?

Aucune idée !
— Le droit de vous refaire un virement de la somme qui vous conviendra si…

Si quoi…
— Ben si vous voulez vous même le récompenser. Je vous laisse imaginer la façon de le faire…

Vous voulez dire… ce que je crois ?
— À vous de voir. C’est bon ? Vous êtes prête ?

La peinture ?
— Oui ?

Elle part au lavage ?
— Oui… soyez sans crainte… vous êtes prête ?

Je prends un peu d’avance, mais je dois faire quoi au juste ?
— Ben… le but du jeu, c’est de jouer à la biche effarouchée et de vous cacher du mieux possible, d’essayer de nous échapper en fait.

Bon… après nous serons quittes ?
— Oui. Sauf si vous voulez que le gagnant soit récompensé…

Et s’il n’y a pas de vainqueur ?
— C’est que vous aurez été très futée et nous de piètres chasseurs… Mais le jeu ne prendra fin qu’aux premières lueurs de l’aube. Nous ne vous traquerons plus dès qu’il fera jour ! Vous avez notre parole et vous pouvez user de tous les artifices possibles pour nous échapper. C’est de bonne guerre ! Allez, dès que vous aurez franchi l’orée du bois, le jeu démarrera… Une demi-heure, n’oubliez pas… Seulement trente minutes d’avance sur nous.
Je cours vers l’abri des grands arbres. Et j’ai le cœur qui bat à tout rompre. Folie que d’avoir accepté un tel engagement.
Mais je dois payer ma dette. Et je ne réfléchis pas, avançant tout droit devant moi.
Après quelques centaines de mètres, je songe que je dois me mettre à l’abri. Mais dans le noir, éviter les obstacles est déjà en soi une performance.
Puis je réalise aussi que mes sous-vêtements sont blancs et que dans la nuit… Je suis repérable. La seule solution, c’est de les quitter sans délai.
Ce que je fais sur le champ et je tourne sans trop me rendre compte où je vais. Peut-être que je reviens sur mes pas.
Je fais gaffe aussi de ne pas marcher sur des branches ou des ronces que je ne vois pas. Mon Dieu, c’est terrible.
Je suis de plus en plus crispée.
Sur ma gauche et ma droite, des bruits. Est-ce qu’il s’agit des chasseurs lancés à mes trousses ?
Je me terre contre un tronc.
Un premier type passe à moins de cinq mètres de la place où je n’ose plus broncher.
Ouf ! Pas vue pas tirée.
Je file dans la direction opposée à celle empruntée par le type. Combien de temps ai-je marché ? Aucune idée.
Dans cette obscurité, je me fais mal partout. Une branche me gifle, une herbe me pique, des orties, qui sait ! Et j’ai la sensation de me griffer dans un truc dont je ne devine même pas la présence.
Zut ! Mes doigts se portent sur l’endroit que je frictionne. Je saigne ? Ça me fiche le bourdon. Et cette foutue aube qui n’est pas prête à se lever.
Je dois impérativement trouver un abri et m’y coller sans bouger. Ouais ? Pas simple dans l’obscurité.
Et si… oui ! Pourquoi pas ? Je tente de casser quelques branchages pour m’en couvrir le corps. Ça a l’air de marcher.
Je me serre entre deux arbres dont je suis incapable de déterminer l’essence. Les genoux repliés sous mon menton, je rabats le frêle rempart pour me camoufler.
Je tremble et pourtant, il fait une chaleur à crever. La peur ? L’excitation de la situation ? Je n’en sais rien assurément.
Mais je dois reconnaitre qu’il m’arrive un truc débile. Cette traque insolite me donne une chaleur qui n’est pas seulement due aux degrés de la température ambiante.
Non ! Il s’agit de toute autre chose. Et… mes doigts de la main gauche que je glisse entre mes cuisses… sont quasi instantanément trempés… incroyable !
Je mouille et pour calmer ma frousse ou mes envies, je me caresse, là, seule au milieu de nulle part.
C’est inouï, les va-et-vient de ma patte sur ma chatte me font le plus grand bien. Il ne faut guère plus de deux minutes pour que tout mon corps se mette à frémir.
Je suis en transe. Je dois absolument retenir mes soupirs et les premiers râles qui ont tendance à vouloir s’échapper de ma gorge. Ne pas me faire repérer, rester discrète.
Les chasseurs ne doivent pas deviner ma tanière, ne pas détecter ma présence.
Je me pince les lèvres et tout mon être est parcouru par une sorte de courant électrique.
Je jouis pour de bon, dans un endroit paumé, pourri, et dans des circonstances que je juge indécentes, pour ne pas dire honteuses.
Crevée, je me sens vidée après un orgasme que je dois bien qualifié de monstrueux.
Pourquoi est-ce que je me laisse aller comme ça ?
Le silence qui m’entoure m’effraie autant que les bruits dont j’ignore la provenance. Je ferme les paupières… Et lorsque je les rouvre… Il me semble que l’est s’embrase.
Le jour va se lever ? J’ai dû somnoler et il n’y a aucune trace de mes quatre traqueurs.
Mon Dieu… et si j’avais réussi à leur échapper ? Ce serait… formidable.
J’écarte prudemment les branchages qui me masquent le corps. C’est vrai que lentement le ciel s’éclaircit. Ouf ! Je jubile d’avoir évité tous les pièges de ces gars et je suis presque heureuse.
Ma dette est payée ou en passe de l’être.
C’est… tout bonnement fantastique.
Cette fois, ça y est ! Le jour est là et j’écarte les feuilles qui me cachent.
Je me redresse et vois ma main. Bon sang… Elle est pleine de sang. Je me suis coupée ? Où ? Je ne vois pas de blessures apparentes.
Ah si… La branche qui m’a éraflée l’épaule… C’est surement là que je suis griffée ou blessée.
De nouveau mes yeux se portent sur ma main qui vient effleurer l’endroit pas du tout douloureux.
C’est quoi ce micmac alors ? J’y suis ! L’un d’entre eux m’a tiré comme un lapin ! Et c’est de la peinture rouge qui ressemble à s’y méprendre à du sang ! Il y a donc bien un vainqueur ?
Je m’inspecte sur les parties visibles de mon anatomie.
Pas d’autre impact. Un seul m’a vu et a fait mouche. Il est temps de ressortir de la forêt.
Quatre uniformes sur le parking, proche de mon véhicule.
Sur le capot de celui-ci, mes fringues bien pliées.
Mais je réalise aussi que dans ma course folle, j’ai perdu ma culotte et mon soutien-gorge, retirés pour ne pas me faire trop repérer.
Je suis donc aussi nue qu’un ver et les regards se braquent sur l’endroit où j’apparais.
Ma main sur ma touffe pour masquer l’endroit, j’avance à découvert.
Pourquoi sourient-ils ces gaillards ? C’est bien ma main qu’ils suivent des quinquets ? Sans nul doute.
Alors je baisse les yeux pour comprendre… Et, je sais… J’en deviens rouge de honte. Je me suis masturbée avec la main remplie de cette peinture rouge et… Ils ne peuvent que constater et moi également, que tout mon sexe est maculé de ce faux sang.
L’un d’eux me rejoint avec un drap de bain et m’entoure les épaules à l’aide de la serviette.
— Vous nous avez échappé presque toute la nuit… C’est moi qui vous ai… Touché. La peinture rouge, elle provient de mon fusil…

Alors, c’est vous le vainqueur ?
— Il semblerait que oui…

Vous avez gagné quoi dans l’affaire ?
— Ben… Vous savez mes copains et moi faisons ce genre de jeu pour la première fois. Nous ne savions pas où ça nous mènerait. Pas plus qu’eux, je n’ai prévu de lot pour le gagnant… Encore que j’ai bien une petite idée… Mais elle repose sur votre bon vouloir.

Comment ça ? J’ai effectué la part du contrat qui m’incombait… Que voulez-vous de plus ? Nous devrions être quittes…
— Bien sûr, bien sûr… Mais je pense qu’avec un peu de bonne volonté, nous devrions vous et moi trouver un terrain d’entente.

C’est-à-dire ? Expliquez-vous clairement, parce que là, je vous avoue que je nage un peu…
— Disons que si vous aviez envie d’un second coup de pouce, d’un autre virement, je le ferais volontiers. Je pense que les trois autres s’ils avaient eu la chance de vous croiser vous feraient une proposition identique.

Vous parlez de quoi là ? De me tirer autrement qu’avec vos armes à peinture ?
— Je vois que vous êtes vive d’esprit… Une personne intelligente en fait ! Lionel nous l’avait dit…

Ah ? Parce que vous avez parlé de moi avec mon banquier ?
— Par obligation, pour notre jeu… il le fallait.

Je vois ! Et là alors… comment vous envisagez les choses ?
— Pour la suite ou pour la récompense ?

Ben, je ne suis pas certaine d’être vraiment capable de vous offrir une seconde soirée… C’est long la nuit toute seule en forêt… Et puis… J’y ai perdu quelques plumes…
— Vous parlez de vos sous-vêtements ? Ils ne sont pas à proprement parlé, perdus… Jean… C’est le grand avec le bandeau vert sur le bras… Les a récupéré en suivant vos traces. Un coup de génie du reste, de nous avoir lancé sur une fausse piste… Vous nous raconterez comment vous avez fait ?

Pourquoi ? Vous comptez me garder prisonnière ? Je ne suis pas autorisée à regagner mes pénates ?
— Vous ne voulez pas prendre une bonne douche et un bon petit déjeuner ? Après une telle partie de chasse, nous avons tous besoin de reprendre des forces… Qu’en pensez-vous ?

… ? Parce que vous connaissez un endroit où je pourrais me doucher avant de rejoindre mon domicile ?
— Oui… Nous en avons discuté avant, et le vainqueur éventuel doit assumer le petit déjeuner, chez lui, à l’issue de la nuit. Vous faites partie de l’équipe désormais… C’est à vous de décider de ce que vous voulez faire. Mais je vous reçois bien volontiers avec mes amis chez moi… Je vis seul de toute façon et pas très loin de cette forêt.

… Au point où j’en suis, la honte ne tue pas encore… Alors… d’accord, je vous accompagne. C’est vrai que j’ai besoin de me laver et j’ai comme un petit creux…
— Le grand air, ça donne faim… Et puis vous avez de la peinture partout… C’est un peu bizarre ça aussi !

Quoi donc encore ?
— J’aurais juré que vous étiez de dos lorsque je vous ai visé… La peinture n’aurait jamais dû vous atteindre dans cet endroit si… Spécial.
Je le regarde en piquant un fard. Il me sourit, pas plus idiot que cela, il a surement deviné avec exactitude le pourquoi de cette couleur sur mon sexe. Et je me rhabille alors qu’à quelques pas les quatre mecs rangent leurs armes dans les coffres.
Je ne sais même pas le prénom de celui qui m’a interpellé.
En fait, seul le bandeau vert porte un prénom pour moi ! Et celui qui vient de s’entretenir avec moi me fait signe de les suivre alors qu’ils remontent tous en voiture.
Ce que je fais, jusqu’à une belle demeure en lisière de forêt, quelques kilomètres plus loin.
Là, les quatre hommes m’entourent et se présentent enfin.
Marc, celui qui m’a tirée, puis Jean le bandeau vert, Laurent le benjamin du quatuor et l’ainé, c’est Adrien.
Au demeurant, fort sympathiques, ces bonshommes me pressent, après que j’ai pris ma douche à m’assoir à la table.
Nous bavardons gentiment. L’un est pharmacien, un autre possède une usine textile et les deux autres sont associés dans un cabinet immobilier.
Ils ont donc tous pignons sur rue. Et la discussion dérive très vite sur le lot du vainqueur.
Là, je me fais toute petite… Parce que je sens bien ce qu’ils espèrent. Mais… Je ne suis pas spécialement prête à me livrer à cet autre exercice… Bien qu’au fond de moi, ça me flatte un peu qu’un quarteron de types très select s’intéresse autant à ma petite personne.
Ouais ? À moi ou simplement à ce qui attire les mâles chez les femmes ? Méfiance donc. Mais rien dans leur comportement ne sort de l’ordinaire. Et si parfois les propos sont grivois, ils ne s’accompagnent à aucun moment de gestes déplacés.
La maison est superbe, juchée sur un promontoire avec une vue sur la vallée sur le devant, et pour toute sa partie arrière, sur la forêt toute proche.
Je me sens légèrement intimidée de me fourrer comme ça dans la gueule du loup.
Les propos d’avant départ me font penser que ce type attend toute autre chose qu’un petit déjeuner de ma part. Et si honnêtement je le trouve plutôt pas mal, la présence de ses potes interdit surement une avancée stratégique dans ce sens.
Il me met finalement plutôt à l’aise, me fournit tout ce dont j’ai besoin pour me laver et la douche où il m’abandonne est à l’image de sa baraque : cossue.
Je peux de visu constater qu’il n’y a aucune affaire féminine dans cette salle de bain.
Un solitaire ? Divorcé ou veuf, allez savoir !
Ça me fait un bien fou, de passer un moment sous le jet tiède et je me sèche avant malheureusement de remettre mes fringues, puisque je n’ai pas de change sous la main.
Lorsque je sors de là, je sens le jasmin et le propre.
C’est déjà ça ! Au bruit des voix, je rejoins les gaillards qui m’attendent devant une table garnie, petit déjeuner à l’anglaise. Marc est chez lui et se tient aux fourneaux, occupé à faire cuire des œufs au plat. Une bonne odeur de beurre embaume la cuisine.
— Asseyez-vous Madame Bourgeois… nous allons manger… les émotions, ça creuse.

…
— Ben, ne soyez pas timide, nous sommes entre amis et vous ne risquez rien…
C’est Jean qui vient de prononcer ces mots en me faisant un clin d’œil. Puis au tour de Marc qui reprend sur un ton grave, alors que les autres se taisent.
— Nous avons tous pris un infini plaisir cette nuit, dans notre chasse aux fantômes… Et nous avons donc décidé de vous faire une belle surprise.

Une surprise, je ne comprends pas ! Je n’ai fait que suivre les termes d’un contrat qui me liait à vous tous.
— Oui… Mais ça mérite mieux que ce que vous avez eu en retour.

Comment ça ? Je ne pige toujours pas !
— Nous avons décidé à l’unanimité de vous faire un nouveau cadeau… Mais restons discrets sur le sujet et nous chargerons Lionel, notre banquier préféré de vous aviser…

Mais… Notez bien que si c’est gentil de votre part, je n’ai rien sollicité.
— Bien sûr ! Mais c’est un vrai remerciement pour les palpitations nocturnes que notre aventure nous a provoqué… Un réel plaisir que nous espérons bien renouveler… Rapidement.

Je ne suis pas partante pour ce genre de plan, je vous avertis de suite. Une fois, c’est bien pour voir, mais je n’en ferai pas un commerce…
— Nous en sommes conscients. Grâce à vous, nous avons aussi découvert nos points faibles, là où ça pêche en fait. Et nous allons améliorer notre technique grâce à vous, Madame Bourgeois. De plus, les prochains contrats incluront une clause « cadeau » pour le vainqueur.

Je vois… Ce n’est pas très « catholique » ce genre de démarche ! Parce que je suppose que ce sera plus axé sur… Les rapports homme-femme !
— Tout à fait ! Remarquez que nous n’insistons pas avec vous, puisque nous avons omis de noter un alinéa le précisant dans le règlement que vous nous avez signé.
— Vous semblez le regretter, on dirait.

J’avoue que… l’idée n’aurait pas été déplaisante…
— Et les autres ? Pendant que le grand gagnant savourera sa victoire, ils feront quoi les trois autres ?

Je ne sais pas vraiment… Si la dame est gentille, ils seront peut-être autorisés à… Regarder !
— Ça vous plairait, messieurs, de voir le chanceux… s’occuper de son gibier ?
— Ben… On a tous une chance au départ d’être le meilleur tireur… Et ça peut motiver. Et puis… Sans mentir, madame Bourgeois… Vous ne devez pas être désagréable à regarder… C’est bien votre avis les gars ?
Ce sont trois gorges, qui de concert remontent à la question existentielle que vient de mettre sur la table, Marc. Et il débouche une bouteille de vin rouge, sert les verres de tout le monde. Notre casse-croute devient plus « chaud » soudain.
Quelques degrés de plus qui ne font qu’augmenter une température déjà caniculaire. Et je ne dis plus un mot, de peur d’attiser un peu plus la convoitise des uns et des autres.
Une fraction de seconde, je regrette également que le gagnant de la nuit ne soit pas seul. Je dois admettre que notre blabla m’a émoustillé plus que de raison.
Je cherche désormais un prétexte pour jouer les filles de l’air et rentrer chez moi. Je sens aussi que les yeux se font plus… Brillants, surtout si l’alcool se met à couler.
Aucun n’a tenté de me retenir, malgré leur forte envie palpable. Et c’est sur le chemin du retour que je me traite d’idiote, de folle également.
J’aurais pu, j’aurais dû… Avec des si on refait souvent le monde.
Je me console en me glissant dans ma couche, pour un repos que je juge mérité.
À mon réveil, le soleil est haut dans le ciel et il fait une chaleur étouffante.
Pas un nuage à l’horizon.
Je navigue dans mon appartement totalement nue et le moindre mouvement génère une sueur poisseuse.
Vers quinze heures, mon Android se met à grelotter. Lionel, mon conseiller m’appelle.

Allo ! Madame Bourgeois…

Monsieur Gervais ? Ne me dites pas qu’il y a encore un souci…

Non… Je voulais juste prendre de vos nouvelles… Savoir un peu, si mes amis ne vous avaient pas paru trop…

Rassurez-vous ! Tout s’est bien déroulé. Mais je suis certaine que ceux-ci vous ont mis au courant.

Euh… Oui, pardon ! C’est un peu pour ça que je vous appelle. L’un des quatre m’a tarabusté pour avoir votre numéro et votre adresse. J’ai refusé, mais… Je tenais à vous le dire. De surcroit un second don a été déposé sur votre compte.

Un autre don ? C’est-à-dire ?

Oh… Vous pouvez consulter en ligne… Votre compte…

Euh… Celui qui veut mon zéro six, il s’agit de… Marc ?

Tout à fait ! J’ai évidemment refusé, voulant vous en parler avant pour avoir votre avis… Vous lui avez fait un sacré effet si j’en juge par le forcing qu’il m’a fait pour obtenir vos coordonnées.

Ah ? De toute manière, s’ils veulent mon adresse… Ils la trouveront facilement, alors… Mais vous lui dites qu’il me rappelle au préalable. Il ne doit pas débarquer chez moi à l’improviste.

Entendu. Sinon ? Pas de problème particulier pendant votre soirée ?

Vous avez les avis de vos amis… Je n’ai rien à rajouter.

Comme vous voulez… Je tenais juste à m’assurer que tout allait bien pour vous. Ne le prenez pas mal… Merci ! Et bonne journée madame Bourgeois…

C’est ça ! Au revoir monsieur Gervais.
Le silence qui s’instaure après ce coup de téléphone me perturbe. Et puis ce Marc qui veut visiblement me revoir ! Pourquoi ? J’en ai bien une vague idée.
Mais l’important n’est pas de savoir ce que lui désire, mais plus surement de connaitre mon sentiment sur sa drôle de demande. L’idée me trotte dans la caboche.
Oui ! Malgré la fournaise ambiante, une sensation très bizarre me surprend, suite à l’appel du banquier.
D’abord, les « chasseurs » semblent avoir tenu parole. Puis il y a ce Marc, je crois qu’au fond de moi, s’il avait été seul, s’il avait insisté un peu… Oui ! Rien que cette pensée me donne des frissons.
Pourquoi mon corps bat-il le rappel de mes désirs d’un coup ? Aussi étrange que ça puisse paraitre, mon ventre réclame quelque chose que je ne peux lui donner ou alors, pas complètement.
C’est la consultation de mon compte qui m’incite soudain à oser. Puisque depuis mon PC, il m’est possible de laisser un message à Lionel Gervais, je lui donne l’autorisation écrite de communiquer mon téléphone à Marc.
Le retour ne se fait pas attendre.
Guère plus de dix minutes s’écoulent entre la transmission de mon accord et l’appel inconnu qui me vrille les tympans.

Allo !
— Madame Bourgeois, c’est Marc… je ne vous dérange pas ?

C’est Lionel qui vous a donné ce numéro ?
— Oui… mais il avait votre aval, m’a-t-il dit !

C’est vrai. Alors vous vouliez me joindre ?
— C’est-à-dire que… Je regrette que vous soyez partie aussi rapidement, après notre petit déjeuner. Les autres aussi l’ont déploré.

Pourquoi ? Enfin, je veux dire pourquoi cette nostalgie ?
— Je ne saurais vous le dire avec exactitude… Oh puis zut ! Vous m’avez plu d’emblée et les images de vous, de votre corps nu… Je vous jure que ça m’a remué tout entier.

Et alors ? Je suppose que bien d’autres femmes vous ont déjà fait cet effet. Pourquoi moi, votre proie nocturne, pourquoi chercher à me retrouver ?
— Parce que vous êtes une vraie femme. Courageuse et vous avez osé ! J’aime les gens qui foncent et font preuve d’audace…

En clair ? Vous avez envie de me baiser, c’est ça ? Pas la peine de tourner autour du pot !
— Dit crument, ça ressemble fortement à ce que vous me racontez.

Et vos potes eux aussi de leur côté… Ils ont eu des idées identiques ?
— À vrai dire, je m’en fiche un peu de leur avis. Mais sans doute que pour eux trois, c’était pareil. Vous êtes une belle femme et je reconnais que… Je ferais volontiers un bout de chemin en votre compagnie…

Ça a le mérite d’être distinctement exprimé… Au moins, il n’y a plus aucune ambiguïté.
— Oui ! Mais vous ? Comment analysez-vous la situation ? Parce que l’essentiel, c’est vous, non ?

Peut-être ! J’ai un peu filé en vitesse pour échapper à cela ce matin…
— Donc aucune chance pour moi ? Dommage !

Vous vous rendez compte du genre de conversation que nous tenons là ? Nous sommes deux étrangers et ce qui se dit là, entre nous ne devrait pas avoir lieu.
— Et pourtant… Je me sens déçu, frustré de n’avoir pas fait un pas vers vous… Vers toi ! Je peux te tutoyer ?

Maintenant que c’est fait… Bon… Je n’ai pas une maison aussi jolie que la tienne, j’ai des voisins curieux, mais je ne suis pas contre une entrevue… Correcte.
— Si je peux me permettre… Un avis…

Dis toujours Marc !
— Tu peux aussi venir chez moi. Tu connais le chemin et… J’ai la clim, c’est calme, pas de voisinage trop encombrant ! À toi de voir si…

Tu es sûr que c’est bien ce que tu veux ?
— Je n’ai pas l’âme d’un cinglé et si je te le propose, c’est bien que c’est mon souhait…

D’accord !
— Pour ? Tu viens ou pas ?

Euh… Oui… C’est gentiment présenté…
— Tu me plais de plus en plus… Et…

Chut… Tu me montreras… Tout à l’heure. Au fait… Mon prénom, c’est Marthe…
— Marthe ? Ça me va… je laisse la porte d’entrée ouverte. Ne sonne pas. Entre tout simplement !

…
Il n’y a plus que nos deux souffles dans les téléphones. Chacun de nous restant sur des pensées similaires forcément.
Mais si de mon côté, les miennes sont très expressives, je veux croire que pour Marc, les siennes le sont tout autant.
Une nouvelle douche, puis des fringues qui immédiatement me paraissent insupportables et me voici au frais dans l’air conditionné de ma voiture.
Une escale fraicheur bienvenue, avec mille images qui dépassent l’érotisme de loin, frisant même à certains moments une pornographie qui me donne la chair de poule et je l’avoue, des crispations d’estomac.
C’est terrible de se dire que je vais faire ce que je redoute le plus. Devenir une chienne en rut ! Mon esprit se fiche pas mal de ces considérations, et la lutte entre envie et raison tourne à l’avantage de l’emprise de mes sens sur mon cerveau.
Décidément, cette baraque me fascine.
Elle est imposante, majestueuse par son emplacement. Je sais que mon arrivée n’est pas passée inaperçue. Le rideau d’une fenêtre bouge encore légèrement lorsque je ferme la porte de ma voiture.
Mes pas crissent sur le gravier d’une allée qui conduit à l’entrée. Je joue la fière, mais au fond, je n’en mène pas large.
Mon esprit me chuchote ce que je veux réfuter de toutes mes forces. Quelque part dans mon crâne, quelque chose me hurle de ficher le camp, de ne pas entrer. Et mon corps lui, me réclame ce moment qu’il entrevoit déjà.
Ma main sur la poignée de porte, et cette fois encore, me voici engagée dans un processus que plus rien ne saurait stopper.
Marc est là dans sa cuisine. Il se précipite au-devant de moi, mais je reste persuadée qu’il me guettait derrière ses voilages. En short et tee-shirt, une tenue plus que succincte pour affronter la canicule, il me montre d’emblée une tendresse empressée.
Bien sûr, il tempère ses ardeurs, ne sachant pas mon degré d’implication dans ses délires. Je ne force pas le trait, contemple un moment le type qui ne sait pas sur quel pied danser. Il me tend le bras, mais le retire pour avancer son visage.
Une bise ! Il a choisi cette manifestation plus câline pour me saluer. Puis le smack de sa bouche me souffle sur la peau un air mentholé. Un chewing-gum ? Ou un bonbon par peur de quoi ? Un sourire intérieur me monte aux lèvres.
Je me recule dès que le bisou prend fin.
Lui ne sait toujours pas quelle attitude adopter. Je le fais languir, le laisse mariner dans ses incertitudes ? C’est-à-dire qu’il fait bon chez lui.
La fraicheur est agréable et j’attends qu’il prenne l’initiative, ou qu’il parle enfin.
Pourtant il ne fait ni un geste ni ne parle et le blanc qui plombe les retrouvailles risque fort de nous décontenancer. Il me faut donc oser.

Ça va, Marc ? La clim… C’est super… Chez moi, c’est un four.
— Ah ! Oui ? Tu vis dans un immeuble, c’est ça.

Tout à fait !
— Tu veux que nous passions sur la terrasse, Marthe ?

À l’extérieur ? Il fait trente-cinq degrés… Tu tiens à me faire griller ?
— Suis-je bête… Tu as raison. Je suis tout chamboulé par ta présence… je suis dans un rêve et j’ai l’impression que je vais me réveiller.

Je peux te pincer pour que tu saches que je suis bien réelle.
Il rit et nous nous détendons un peu.
— Viens ! Viens, passons au salon. C’est la pièce la plus fraiche de la maison… Et la plus confortable, ce qui ne gâche rien…

Tu vis seul ici, Marc ?
— Oui… Je suis veuf depuis trois ans et…

Pardon ! Je ne voulais pas être indiscrète ou réveiller des souvenirs douloureux.
— Tu ne pouvais pas savoir. Je dois aussi te dire que jamais, je n’ai rencontré une autre femme depuis… Le départ de Martine. Mais notre soirée… C’était mon idée. Les autres n’ont fait que me suivre dans ma folie. Folie que je ne regrette nullement, puisqu’elle m’a permis de te rencontrer.

C’est mignon tout plein, cette déclaration !
— Sincère surtout Marthe ! Quand Lionel m’a parlé de tes « difficultés »… Te proposer mon aide m’a paru être une évidence.

L’histoire de la chasse nocturne… J’ai trouvé ça de très mauvais gout, à première vue ! En y songeant mieux, je dois dire que ça m’a plu énormément. Et tes amis ? Ils savent que je suis là ?
— Euh… Jean oui, je lui ai raconté et il a senti que je flashais sur toi… il en a peut-être touché deux mots aux autres. Mais ça te gêne qu’ils soient au courant ?

Pas vraiment. Je les ai trouvé très… Cool eux aussi.
Nous sommes assis sur un canapé moelleux et notre dialogue surréaliste me rend toute chose. Il ne cherche pas à se rapprocher physiquement, et je ne vais pas combler l’écart qui nous sépare.
Bien entendu que je suis prête à céder, mais c’est à lui d’assumer la partie « mâle » de ces retrouvailles. En est-il réellement conscient ? Il revient sur son amitié avec les trois larrons.
— Tu sais au décès de Martine… Ils ont su me soutenir. Et depuis nous sommes soudés comme les doigts de la main.

Tu veux me faire passer quel message, là, Marc ?
— Difficile à t’expliquer ce que je ressens. Sans eux, je ne serais peut-être plus là pour te parler comme je le fais.

Je ne pige pas où tu veux en venir ! Une très forte amitié te lie à tes amis. Ils t’ont soutenu dans un moment difficile, c’est ça aussi l’amitié, non ?
— Oui… Bien sûr ! Mais nous nous sommes fait un serment. Celui de partager tout. Le bon comme le mauvais… Et notre virée nocturne peut te prouver combien nous nous respectons les uns les autres. Tu es entrée dans ce cercle amical… Et allez vers toi seul, me semble trahir leur confiance.

Hein ? Est-ce que je saisis bien tous tes propos là ? Tu ne veux pas venir au-devant de moi parce que tu as fait un pacte avec Jean, Laurent et Adrien ? C’est bien ce que je dois entendre ?
— Euh… Oui, c’est exactement ce qui me chagrine.

Mais… Tu es sérieux là ? Tu n’es pas en train de me raconter que tu voudrais qu’eux aussi…
— Ben… C’est l’idée en tout cas. Mais je ne te force pas ! Ce n’est que ma proposition. Elle peut sembler totalement loufoque ou imbécile, mais pour moi, ils sont sacrés, intouchables et… la parole donnée ne doit jamais être transgressée.

Ouais ? De là à ce que tu me demandes un truc aussi énorme… Je n’arrive pas à le croire. Tous les quatre pour un plan… Tu ne peux pas me proposer de coucher avec vous tous…
— Je sais, Marthe, que c’est totalement farfelu, mais…
Là, je vacille un peu sur mes bases. Impossible de me mettre dans le crâne qu’il me demande ouvertement de… Me faire « sauter » par ses amis aussi.
Je ne trouve aucune réplique pour argumenter ce que je ressens. Lui a les yeux qui brillent, et cependant il ne vient pas au-devant de mes attentes.
Parce que j’ai une envie monstrueuse qui rampe en moi, embrassant mon corps tout entier. Sont-ce ses paroles ? Sa demande ignoble ou que je juge comme telle qui fait monter ce désir violent du fond de mes tripes ? Je n’ai aucune idée de ce qui m’arrive.
Pour un peu, je lui forcerais la main, l’embrasserais, me jetterais sur lui. Je m’abstiens de tout mouvement… Simplement par pudeur. Ou la crainte de me voir rejeter ? Il y a de ça dans ma retenue.
Sa voix rauque me revient dans un brouillard.
— Tu es certaine que ça ne te plairait pas, Marthe ?

…
— Tu sais, ce sont mes amis et je ne veux, ne peux pas renier mes paroles. J’ai eu besoin d’eux et c’est presque « à la vie à la mort » avec ces braves types. Nous nous sommes jurés de nous épauler, de partager les bons, mais également les mauvais moments. Tu me plais… mais je ne peux que rester sur ma position.

Mais… Tu te rends compte de ce que tu me demandes de faire là ? Nous n’avons même pas fait l’amour ensemble que tu me voudrais déjà dans les bras de tes amis ! Et quand je dis dans les bras… C’est… Bien ailleurs que tu songes, n’est-ce pas ?
— Je sais Marthe ! C’est… Dingue ! Je suis un homme d’honneur et une parole donnée est sacrée. Je suis sûr que de leur côté, si un jour ils trouvent la perle rare… Ils n’hésiteront pas à m’en faire profiter.

Je vais donc rentrer chez moi… Mais si tu changes d’avis… Je serai là pour toi.
— Je te retourne la demande… Réfléchis et vois simplement si… Tu ne peux pas au moins essayer une fois. C’est mon souhait le plus cher. Leur rendre une partie de ce qu’ils m’ont offert.

Nous allons surement rater une belle histoire, Marc ! Je n’arrive pas à… Imaginer que tous les quatre… Tu comprends ? C’est embrouillé dans ma tête… Et je ne suis pas une salope !
— Ce mot ne doit pas avoir cours ici. Tu n’es pas ce que tu dis là ! Notre jeu n’était destiné qu’à en arriver à ce genre de chose. Mais je sais que tu as parfaitement intégré cette notion d’amitié et que nous sommes tous les quatre tes amis… Ne me reproche pas nos envies spécifiques, nos désirs particuliers. C’est à toi et seulement à toi d’en décider. Si tu parviens à surmonter tes peurs… Nous serons là pour te recevoir, Marthe !

Je…
— Chut ma belle ! Ne dis plus rien… Je bande pour toi, et quelque part tu te sens outragée par ma demande. Ce que je peux tout à fait admettre. Mais ma loyauté envers les autres est un dû.

… !
Marc campe sur ses positions et malgré mon besoin de sexe, il s’agit vraiment de besoin, je n’arrive pas à me projeter dans une partouze où je serais l’unique femme.
Drôle aussi cette vision d’une scène avec une autre participante ! Comment est-ce possible que la présence d’une seconde nana puisse me faire envisager une éventuelle ouverture ?
Le chasseur n’a pas fait allusion de près ou de loin à cette éventualité.
Alors ?
D’où sort cette idée farfelue qui génère des images impensables dans mon cerveau ? Suis encore plus… perverse que je ne peux le croire ?
Lui a l’air marri lorsque je me relève, dans le but évident de rentrer chez moi. Déçue… Oui ! C’est tristement le sentiment qui m’enveloppe, alors que je m’apprête à tourner les talons.
Mon retour se fait dans une ambiance maussade. Mon désir est toujours là, qui me dévore de l’intérieur.
Pourquoi ce type m’a-t-il planté de la sorte ? Et puis… sa demande incongrue, l’est-elle autant que je veux bien le souligner ?
Ses potes n’ont bien entendu rien de beaux ténébreux, voire de Dieux grecs. Et puis l’idée fait son chemin sous ma tignasse brune.
Je pèse le pour, le contre et plus j’avance dans mon raisonnement, moins je trouve « imbécile » la perspective de m’envoyer en l’air avec ce petit monde.
Je n’ai guère fait plus de la moitié de la route qui me ramène à mon domicile, que je suis presque décidée à céder aux caprices des chasseurs.
Ça tourne dans ma tête, ça me fait faire aussi des bêtises dans ma conduite.
J’avoue également que la pensée de faire ce que veut Marc reste imprimée comme au fer rouge dans mon cerveau. Je ne cesse de ressasser, de brasser tout ça dans les heures qui suivent notre entrevue.
C’est si présent que j’en éprouve de véritables sueurs, que je mets sur le compte d’une canicule qui a bon dos. Et… Immanquablement, je me retrouve sur mon sofa, à caresser mon minou avec des visions de coïts sauvages.
Ceux-ci sont tous différents et à chaque fois c’est la bouille de l’un ou l’autre de ces messieurs qui se penche sur mon visage.
Je ne peux retenir quelques orgasmes successifs qui m’émeuvent au possible. J’aimerais apaiser mon appétit sexuel par ces simples attouchements.
Il n’en est rien. Plus je jouis et moins l’envie s’estompe. Marc a bien joué son coup. Parce que je suis persuadée qu’il a semé dans mon esprit une graine qui ne demandait qu’à germer.
Peut-être même qu’elle y dormait déjà depuis… Cette affaire de contrat. Je ne veux pas, ne me sens pas le courage d’affronter les regards du quatuor de vieux beaux.
Pourtant, dans les jours qui suivent, mon travail s’en ressent. Je fais connerie sur connerie dans mon boulot, mettant en danger sans m’en rendre compte tout un pan de ma vie.
Comment est-ce que j’en suis arrivée là ? Le remède est pire que le mal ? La femme endettée que j’étais avant cette soirée… Ne se sentait-elle pas plus heureuse, que je ne le suis désormais ?
Inextricable situation ! Le beau Marc est omniprésent dans mon esprit. Il occupe toutes mes pensées, bien que ses traits se mélangent à ceux de Laurent, Adrien et Jean.
Pas forcément dans un ordre bien établi, pas non plus dans des gestes similaires. La silhouette de Lionel Gervais aussi vient parfois ressurgir dans des images où je tiens le rôle de la salope de service. Mes tentatives pour effacer ces clichés qui m’assaillent sont de moins en moins fructueuses.
Les traits des chasseurs, alliés à ceux du banquier sont comme gravés derrière mon front et me hantent pratiquement tout le temps. Comment me débarrasser de ce qui m’obsède ?
J’en arrive à songer que la meilleure manière de me défendre contre ces flashs qui me tombent dessus n’importe quand, c’est peut-être d’y succomber. Et… une fois cette idée ancrée dans mon ciboulot, elle devient récurrente.
Mon Dieu ! J’en bave, et j’entrevois la possibilité de recontacter Marc.
C’est une évidence qui s’impose à moi. Faire ce qu’il espère peut-il me sauver d’un désastre programmé ? Je n’ai plus aucune certitude sur mon état de santé mental.
Je nage en plein délire, dans un ciel nuageux, dans des brouillards ouatés qui me font divaguer. Je remets évidemment jour après jour, le rappel de cet homme que j’assimile à un démon.
Marc… qu’a-t-il fait de moi ? Que vais-je devenir si je reviens vers lui… vers eux, puisque tel est son souhait ?
Pour cela, il faudrait faire preuve d’un certain courage, d’une audace que je ne possède pas. Le ciel vient à mon secours, un vendredi soir, veille d’un long week-end, par le biais d’un appel téléphonique surprise.
Alors que je décompresse après une journée de boulot chaotique, mon Android « oublié » sur la table du salon, se met à sonner. Je récupère l’engin, et prends la communication instinctivement, sans trop m’assurer de l’identité de mon correspondant.
— Allo ! Marthe ? C’est Marc… Tu te souviens de moi ?

Euh… oui ! Oui naturellement.
— Tu ne m’as plus donné signe de vie depuis quelque temps… Nous nous inquiétions ?

Nous ? Et qui c’est « nous » ?
— Ben… J’ai invité Jean, Adrien et Laurent… Et nous nous sommes posés des tas de questions à ton sujet.

À mon sujet ? C’est-à-dire…
— On va faire une petite fête… Et comme nous avons très envie de te revoir… Je me suis dit que t’inviter serait peut-être la meilleure chose à faire.

Quel genre de fête ?
— C’est mon anniversaire que nous arrosons, chez moi. J’ai préparé une petite bouffe ! Si le cœur t’en dit et si tu es seule, tu es la bienvenue. Je serais très heureux que tu sois là.

Avec quatre hommes qui de surcroit vont forcément un peu forcer sur le vin… Serait-ce bien raisonnable ? Je n’ai pas envie de …
— Enfin ! Marthe ! Tu nous connais et sais parfaitement que nous n’avons aucune mauvaise intention. Mes amis et moi sommes cools, voyons !

Ouais… La boisson fait parfois des ravages… Et une femme seule avec une meute de vieux loups…
— Vieux loups ? Trop aimable ta comparaison, puis nos crocs sont bien émoussés, crois-moi ! Mais… C’est à toi de décider. Tu peux venir si ça te chante, tu es toujours la bienvenue de toute façon.

Tu me garantis que vous serez tous… gentils et sympas ?
— Ne le sommes-nous pas toujours restés ? Tu as ma parole qu’il ne t’arrivera rien… Rien que tu ne veuilles ou ne souhaites en tout cas !

Bon… Je veux bien faire un effort dans ce cas. Et quand a lieu ta petite… Fiesta ?
— Là… ils vont arriver dans les minutes à venir… Je t’attends… D’accord ?

Ça me va… Le temps de me préparer et… J’arrive donc.
— À la bonne heure… Bisous ma belle et à tout de suite donc !
Voilà ! Je me mets de nouveau la tête dans la nasse.
Curieuse cette sensation de me sentir presque soulagée de les revoir. Heureuse serait plus juste.
Si mon cerveau est plus nuancé dans son analyse de la situation, l’ensemble de mon corps lui parait être aux anges.
Il a soudain un appétit qui ne fait que croitre, entrainant une réaction en chaine sur ma peau.
Une chair de poule généralisée qui fait se hérisser tous les pores de mon épiderme. Et… Si quelque part je salive à l’idée d’être entourée des chasseurs… C’est bien d’une envie sexuelle de plus en plus violente qu’il est question.
Rien à faire pour retenir ces eaux claires qui de ma chatte suintent sans que je sois en mesure de les stopper.
Les spasmes engendrés par des images fabriquées par mon esprit me rendent chaude alors que je passe un dernier coup de rouge sur mes lippes. Et je jubile tout au long d’un parcours qui me mène chez Marc.
Je ne sais pas comment ni pourquoi, mais je suis certaine que ce dont j’ai vraiment envie… C’est bel et bien de faire l’amour.
Les idées confuses qui s’entrechoquent dans mon crâne, plus rien ne peut les dérouter de ce but ultime. C’est un leitmotiv incontournable qui m’entraine vers ce qui me transcende véritablement.
Le pire c’est aussi que cette perspective, loin de m’effrayer, me redonne le sourire. La complexité du comportement humain se démontre bien dans le mien, lors d’un aller vers le quatuor, que je fais sourire aux lèvres.
Les trognes ravies des gaillards ne sont pas faites pour me faire reculer. La surprise de l’appel de Marc, la rapidité aussi de ma venue font que je n’ai pas autre chose à lui offrir qu’une bonne bouteille de bordeaux de ma réserve personnelle.
Pas le grand luxe bien entendu, mais un geste simple, le seul cadeau que j’avais sous la main, en fait. Et elle rejoint toute une panoplie de grands crus qui ne paraissent qu’attendre les gorges qui vont les apprécier.
Tour à tour, ils m’embrassent avec une certaine euphorie.
Bises sages sur les joues auxquelles je réponds d’une identique façon. Marc est sur son trente-et-un et ses compagnons de fête ne sont pas en reste.
Je sens leurs regards appuyés sur mes formes, Mais… Ils me flattent plus qu’ils ne m’ennuient.
Qui décide de mettre un peu de musique ? Je ne cherche pas vraiment à le savoir. Marc est, fidèle à ses habitudes, le roi des fourneaux. Il s’affaire dans sa cuisine et Jean… Qui pose son verre se penche obséquieusement vers moi.
— Vous voulez bien m’accorder cette danse, madame ?

…
Sa main prend la mienne et il me tire au centre de la salle à manger. Laurent et Adrien sont assis à table, et mon cavalier et moi nous débutons un slow plutôt langoureux.
C’est sur une musique très douce que je me laisse guider par cet homme qui me serre sans doute un zeste de trop près.
Au troisième morceau, Laurent veut remplacer son ami et je continue à jamboter avec celui-là.
Quand sonne le tour d’Adrien, je suis totalement conquise.
Ce dernier porte un parfum subtil, entêtant pour ne pas dire enivrant. Sa main sur mon dos est de plus en plus basse, et si elle ne franchit pas le seuil de la ceinture de la jupe du tailleur qui m’habille, c’est parce que la voix de Marc nous rappelle que le diner est prêt.
Sauvée par le gong ? J’ai presque un regret qu’il n’ait pas eu suffisamment de temps. Ce que nous a concocté le maître de maison est tout bonnement divin.
L’entrée est avalée dans des rires et coule dans nos gosiers à grand renfort de verres de vin qui se marient à merveille avec ce que nous mangeons.
Viennent alors des « tournedos Rossini » qui réjouissent nos papilles et font battre nos cœurs. Un véritable cordon-bleu, un homme qui cache bien son jeu, ce Marc ! Là encore, le choix de la boisson est une bénédiction.
L’excès de ces vins, tous plus sublimes les uns que les autres me fait vite perdre toute retenue. Les minces réserves que je garde depuis ma venue ici se diluent dans ce que je bois et ingurgite, que ce soit liquide ou solide.
C’est moi qui réclame de la musique de nouveau et cette fois je me surprends à désigner volontaire d’office un Marc enthousiaste.
Devant les trois messieurs qui suivent la scène, nous nous élançons sur un parquet improvisé. Et je me love contre la poitrine de ce grand type bourré de talent.
Un excellent cuisinier, un bon tireur également, il a toutes les casquettes celui-là ! Et… Je dois dire que si je tourne, ce n’est pas uniquement parce qu’il me guide sur les notes douces. Non ! Je suis légèrement éméchée et je m’agrippe au cou du gars qui n’en demande pas tant.
J’entends, dans une sorte de brouillard ses amis qui font tapisserie. Ceux-ci tapent dans leurs mains, chantent aussi les paroles d’un Herbert Léonard qui nous entrainent dans une ronde que je maitrise de moins en moins.
Quand Marc me relève-t-il le menton d’une main très douce ? C’est bon, c’est fou, c’est surtout espéré. Cette bouche qui s’écrase sur la mienne… Comme je l’attends depuis un long moment. Et la patte qui sur mes reins fait lentement remonter le pan de chiffon qui me couvre le derrière, je ne fais rien pour stopper sa progression vers le haut.
Les trois loustics qui claironnent de plus belle le refrain « pour le plaisir » épient surement chaque centimètre de ma peau ainsi dévoilé. Je n’ai pas envie de réagir.
Je suis trop bien, calée dans ces bras solides, sur un poitrail que je juge protecteur. Et j’ai la nette impression que les doigts de mon guide se faufilent sous le tissu de ma culotte pour éprouver l’élasticité de la peau de mes fesses. Il est évident que les chants se font plus… Rauques autour de la table.
Je savoure le premier baiser, récompense du vainqueur. Marc sait y faire et je frémis sous la caresse que je devrais faire cesser puisqu’elle est obscène et surtout, à la vue de tous.
Mais… C’est trop, trop bon ! Et puis ? N’est-ce pas lui qui dirige la manœuvre ? N’est-ce pas également ce qu’il veut depuis le début ? Je perçois des bruits divers autour de la table, sans que je rouvre mes paupières, savourant toujours les pelles qui s’enchainent.
Je réalise aussi que nous ne sommes plus seulement lui et moi pour danser.
Un des « voyeurs » est venu se joindre à notre duo. Il me colle dans le dos et les pattes se frayent une voie entre le corps de Marc et le mien. La destination de celles-ci n’est pas très compliquée à deviner. Elles sont vite à pied d’œuvre.
Mes fesses tripotées d’un côté et mes seins sollicités par ailleurs, je me laisse bercer dans des caresses hallucinantes. C’est dingue ! Comment puis-je laisser faire cela avec en supplément un sourire ?
Évidemment qu’une fois la partie amorcée, personne ne va renoncer, moi la première je ne tiens pas à ce que ces câlins s’arrêtent.
Je prie pour qu’ils s’intensifient, la chair est faible et j’en aie la preuve. Le nombre… Ce qui hier encore me semblait impossible là, est facteur de désirs d’une extrême violence. Je me sens soulevée, arrachée en douceur du sol.
Finies les rondes sur des notes très tendres. Je flotte dans les airs, soutenue par je ne sais quels bras. Enfin, déposée délicatement sur la table, c’est moi qui vais servir de dessert à ces braves qui bavent. Et… j’avoue n’avoir aucun mouvement pour empêcher cela.
C’est le contraire qui se produit. J’encourage par ma posture de soumission à ce qu’ils osent tout. Loin de me déplaire, les élans qui entourent mon corps me sont précieux.
Ils me dévoilent une facette cachée de moi que je ne soupçonnais absolument pas. Si sage, si prude, me voici entièrement entre les pattes de quatre bonshommes qui sans brutalité font de tout mon être leur chose. Oui ! Je ne cherche pas à fuir le déshabillage qui suit ma dépose sur le tablier vide de l’endroit où nous mangions, quelque dix minutes plus tôt.
Ma jupe… Elle m’est retirée en douceur, mon chemisier également et je sais bien que les regards concupiscents des messieurs se portent désormais sur les seuls remparts que sont devenus mes sous-vêtements.
Mes bras sont allongés, eux aussi, le long de mon corps et une armée de doigts en ordre de bataille vient frôler, effleurer, survoler les plages de peau dénudées.
Je frémis de suite sous l’impact des câlins distillés par… Je ne tiens pas à savoir qui. Il me suffit de sentir ces doux lutins qui font de mon corps un terrain de jeu pour adultes en chaleur.
Alors massages en finesse, caresses de plus en plus ciblées, je me perds en soupirs, me meurs en gémissements.
Les uns s’activent sur mes flancs alors que mes épaules sont-elles sous la coupe d’un des hommes.
Quant au quatrième, ils s’occupent de mes orteils, débordant de temps à autre sur mes chevilles. Rien que des mains qui malaxent, étreignent mes chairs, me palpent, revenant sans cesse sur les endroits qu’elles peuvent atteindre.
Aucune ne force le passage vers les parties qui différencient les femmes des hommes.
Par pudeur ? Par manque d’envie ? Ou plus prosaïquement parce que je n’ai pas donné mon accord ? Il faut dire que personne jusque-là ne parle plus. Et je sursaute à la voix qui d’un coup troue le silence que mes plaintes hachent.
C’est… Marc donc qui est l’officiant au-dessus de ma bouille, celui qui me travaille les épaules ?
— Tu es bien Marthe ?

Mmm !
— Si l’un de nous te fait mal, n’hésite pas à le dire.

Mmm !
Puis c’est dans un murmure, à moins que je ne le rêve, qu’il s’adresse à moi en me susurrant ses mots dans le creux de l’oreille.
— Est-ce que tu nous autorises à… Aller plus loin dans nos caresses, Marthe ?

Humm…
— Non… S’il te plait ! Tu dois parler plus fort, et me répondre de façon à ce qu’il n’y ait aucune ambiguïté… Tous doivent autour de cet autel, entendre distinctement ta réponse, ma belle !

… ? Tu… oui… Faites de moi ce que vous voulez… Mais ne me faites pas mal… Je suis d’accord !
— Ah… tu es merveilleuse…
Je n’ai pas l’occasion de répliquer. Sa bouche se rive à la mienne, interdisant toute forme de dialogue. Mais les doigts qui ne se sont pourtant pas interrompus dans leurs manigances reprennent avec un entrain sensiblement plus accentué.
Surement encouragés par mon approbation claire et nette, c’est l’hallali. Les frôlements, pas plus nombreux, sont pourtant moins timides.
C’est l’ensemble de mon anatomie visible qui devient la cible des visiteurs plus audacieux.
Nouveaux frissons également lorsque je sens que ma culotte est sur le point de m’être enlevée.
Je dois pour cela soulever mes fesses de l’autel improvisé. Ce que je fais sans réfléchir. Il en va de même pour le dégrafage de mon soutien-gorge.
Maintenant… Je suis absolument offerte nue à tous les regards mâles.
Dans mon entourage immédiat, je perçois des bruits que je ne veux pas identifier. Certaines mains m’oublient quelques secondes et de suite, les sons qui m’arrivent… Je ne tiens pas du tout à les reconnaitre.
Malgré tout, ils entrainent dans mon cerveau une fièvre sans borne parce que je les assimile à un dépouillement complet des garçons.
Du reste, Marc est surement le dernier à suivre la route tracée par les trois autres cocos. En tout cas, c’est lui qui fait le dernier, un drôle de bruissement.
Peut-être… la fermeture à glissière de son pantalon qui comme celles de ses potes va le libérer de sa toile. Nus ? Le sont-ils tous les quatre ? Je ne vais pas sciemment ouvrir les paupières pour m’en rendre compte.
Je préfère ne pas savoir, laissé faire le hasard. Encore que… pour ce dernier, il soit bien pu probable que je me trompe.
La direction des paumes qui jouent avec mes seins me renseigne sur le propriétaire probable de celle qui frictionne mes tétons.
Simplement maintenus dans une pince formée de deux doigts, ils sont étirés, roulés entre les phalanges et je me pâme sous la fascinante pression des mini étaux.
Mon Dieu… Je ne peux plus penser sainement puisque Marc me mange la bouche avec une assiduité digne d’un amoureux. Et mes chevilles sont largement dépassées par les mains qui montent allégrement à l’assaut de mes cuisses ouvertes par les latéraux qui veulent leur part du gâteau.
Mes soupirs remplissent la salle à manger. Et… C’est moi qui figure au menu des messieurs, mais pas de stress, je me sens désirée, belle, aimable puisqu’ils ont tous envie de moi.
Une idée saugrenue se fait jour dans mon cerveau.
Bandent-ils tous ? Je n’ai guère le loisir de me poser longuement cette question existentielle. Sur mon visage, alors qu’il doit se baisser ou s’être rapproché d’un pas, ce que je sens qui se frotte à mon front, ça ne peut qu’être… Oui ! Le doute n’est plus permis… Marc comme je m’y attendais est en érection. Et pour bander… Il bande même plutôt d’une manière conséquente.
Ce qui loin de m’affoler, me donne un vrai coup de fouet. Cette fois, je suis au bord du gouffre. Et… Là, dans cette position plutôt… Enivrante, le seul vocable qui me vient à l’esprit… C’est : « Salope ».
Voilà ! Je suis la salope de ces quatre mecs ! Et je n’ai nulle intention de donner ma langue au chat.
Pas plus que je n’esquisse cependant un geste pour me rapprocher de ce qui bat là, dans les environs de mon visage.
Non ! Ils sont les maitres de la soirée, qu’ils se débrouillent avec leurs désirs. Il n’y a plus qu’une seule main sur mon sein.
L’autre… Je parie que c’est elle qui vient de diriger le sexe tendu aux abords de ma bouche. Que faire sinon ouvrir un large bec et… Laisser libre l’entrée de cette trique bouillante dans mon palais. Instant choisi par une louche de part et d’autre de mon corps pour… Attraper mes poignets.
Ce sont du coup, mes doigts qui se referment sur des cylindres d’une chair bien raide et… Quasiment brulante.
Ce qui suit se fait dans un flou dont je ne tiens pas à sortir.
Qui me lèche, qui je suce ? Chacun leur tour sans doute et personne n’est lésé ni ne se plaint. Qui me prend ? Marc est le premier… Cadeau d’anniversaire oblige ! Mais tous ont droit à cette part de moi que je donne sans restriction.
Les bruits de dents qui déchirent les enveloppes des préservatifs obligatoires sont le signe de leur respect de mon intégrité physique.
Tout est fait en douceur, pas de cris, pas de mots crus ou orduriers, et une foule de gémissements qui s’entremêlent dans cette salle à manger me porte au septième ciel.
Je jouis, sans restriction, oubliant les limites de la bienséance et je sens couler sur moi les semences chaudes de ces pistils dégoulinants de sève.
Trouver un plan cul en région ?
Combien de pattes étendent l’onguent masculin sur ma poitrine ? Marc me murmure toujours quelques encouragements, me posant une question parfois ou me réclamant un accord que je donne… Ou pas.
Pas question de double pénétration par exemple, pas plus que de sodomie. Non, juste l’expression « normale » de ces envies de mâles auxquelles j’apporte ma contribution de femelle en chaleur. Et comme pour la nuit de chasse, la proie que je suis, que je reste, est comblée par ces étreintes multipliées par le nombre de participants.
Quatre bienheureux à qui je permets ce que je n’aurais jamais cru possible un jour.
Chacun me rendant au centuple ce que je lui offre.
Nuit douce, nuit tendre, nuit de sexe plus que d’amour ! Je loue le ciel et mon banquier de m’avoir permis une telle découverte.
Les lueurs d’une aube naissante saisissent l’immoralité de la fornication effrénée à laquelle nous nous livrons encore, longtemps après que le soleil soit monté dans l’azur d’un petit samedi.
Repue tout comme mes chevaliers servant qui sont tous exténués… La guerre s’achève, faute de combattants encore en forme.
La douche… C’est en compagnie de Marc et de lui seul que je m’y rends. Il est souriant, découvrant deux rangées de quenottes bien blanches. Et… Les dernières faveurs lui sont accordées là, dans un espace exigu, mais avec une telle force que je me sens revivre.
Après ces prouesses nocturnes, propre tel un sou neuf, je m’empresse de passer des vêtements de rechange que j’ai pris soin d’apporter. Et… Je rentre chez moi sans plus me faire de souci… Je suis associée à jamais à ces hommes…
Demain, il sera temps d’analyser ce qui est arrivé… Mais pas de remords ou de regret… J’ai tout aimé dans cette chasse… Où je ne sais plus qui était gibier ou chasseur…
Je suis sauvée !





